Deux nouveaux venus sur la scène internationale. Deux responsables politiques certes expérimentés, mais arrivés au sommet de l’Union européenne grâce au départ anticipé de leurs prédécesseurs.

Annoncés jeudi soir aux postes de président du Conseil européen et de haut-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le premier ministre belge Herman Van Rompuy et la commissaire au Commerce, Catherine Ashton, vont devoir vite démontrer qu’ils ne sont pas seulement des remplaçants. Car dès l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre, la conduite des affaires de l’UE sera largement entre leurs mains, aux côtés du président de la Commission José Manuel Barroso, réélu le 16 septembre par le Parlement européen et fort d’une administration de plus de 20 000 fonctionnaires.

Merkel et Sarkozy séduits

Herman Van Rompuy était, il est vrai, cité comme probable président du Conseil depuis plusieurs semaines à Bruxelles. Propulsé à la tête du gouvernement fédéral du royaume en décembre 2008 pour «éteindre l’incendie» entre les communautés néerlandophones et francophones allumé par son prédécesseur Yves Leterme (devenu chef de la diplomatie et potentiel premier ministrable), ce politicien de 62 ans, président sortant de la Chambre des députés belge et pur produit de la démocratie chrétienne flamande, a su, semble-t-il, séduire Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui en firent leur candidat.

Motif: son autorité naturelle lors des débats, sa conviction d’un nécessaire équilibre des pouvoirs au sommet de l’Union, sa pratique courante de l’allemand, de l’anglais du néerlandais et du français, et… sa personnalité sans aspérité apparente: «Il sera le président parfait du Conseil d’administration Europe, prédit un journaliste qui l’a rencontré. Il a la culture d’un grand bourgeois catholique, le goût des débats, doublée de l’autorité naturelle d’un politicien vétéran.»

Avec en plus l’avantage de venir d’un des pays fondateurs de l’Union, d’être «un Européen indiscutable» comme le réclamait encore l’ancien président de la Commission Jacques Delors dans le Financial Times d’hier, et de représenter les intérêts des petits et moyens Etats face aux «grands». «Ce poste de président du Conseil fut proposé, dans les années 2000, par Tony Blair et Jacques Chirac sur la base d’un donnant-donnant: relégation de la présidence semestrielle tournante au rang de secrétariat contre assurance que les «petits» pays en mal de visibilité et de premiers rôles obtiendraient ce poste présidentiel», confirme Antonio Missiroli, chercheur à l’European Policy Centre.

Sur les traces de Mandelson

Mais la nomination surprise de ce tandem Van Rompuy-Ashton ne doit pas tout aux règles. Loin s’en faut. C’est à la politique, avec parfois un petit «p», que l’un comme l’autre doivent de se retrouver aux rênes de l’Union. La travailliste Catherine Ashton a en effet atterri à Bruxelles en octobre 2008 pour remplacer le commissaire sortant au Commerce, le Britannique Peter Mandelson, ex-éminence grise de Tony Blair appelé au secours par Gordon Brown. Et son parcours, depuis, n’a pas été marqué par des percées spectaculaires.

Le récent accord de libre-échange entre l’UE et la Corée du Sud, dont elle a achevé la négociation, a été l’occasion d’une passe d’armes d’une rare violence entre les services de la Commission chargée des douanes, qui lui ont reproché de s’être laissée berner par certaines taxes sud-coréennes déguisées. Le commissaire européen à la Fiscalité, Lazlo Kovacs, s’est même fendu d’une lettre de protestation à José Manuel Barroso. Seulement voilà: cette aristocrate britannique de 53 ans a surfé, en coulisses, sur la vague venue de Londres. Une fois acquis l’impossibilité pour Gordon Brown d’imposer Tony Blair à la tête de l’Union, et une fois confirmé le désir du ministre des Affaires étrangères, David Miliband, de rester à Londres pour prendre la direction du Labour, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte. D’autant plus que la pression était forte, relayée par José Manuel Barroso, pour que l’UE nomme une femme à l’un de ces trois postes clefs.