Pour la première fois depuis juillet 2007, les négociations directes entre des représentants du dalaï-lama et les autorités chinoises ont repris dimanche. Le début de la rencontre a été confirmé par l'un des porte-parole du dirigeant religieux tibétain. Ces «discussions informelles», comme il les a qualifiées, «ont pour but premier de s'occuper de la situation présente au Tibet. [...] Les deux envoyés du dalaï-lama parleront des récentes révoltes et verront comment il sera possible de les réduire et de ramener le calme, et ainsi aider à résoudre les problèmes au Tibet.»

«Actions concrètes»

Le président chinois Hu Jintao a également fait savoir qu'il espérait «un résultat positif» de cette réunion qui devait durer un ou deux jours dans la ville méridionale de Shenzhen. «Nous espérons sincèrement, lit-on dans un communiqué de la présidence, que le dalaï-lama et ses supporters montreront à travers des actions concrètes qu'ils ont mis fin à leurs activités sécessionnistes, à leur organisation et à leurs incitations d'activités violentes, et à leur mise en péril des Jeux olympiques de Pékin, afin de créer des conditions pour des consultations ultérieures.»

Quoi qu'il en soit, cette rencontre s'avère être une victoire politique importante pour un dalaï-lama très contesté. Sa politique modérée et pacifiste vis-à-vis de Pékin lui avait valu les critiques des sections plus revendicatrices et extrémistes des Tibétains en exil. Ce n'est que depuis son discours du 10 mars, dans lequel il avait dénoncé le fait que «la répression continue à s'accroître avec de nombreuses, inimaginables et importantes violations des droits de l'homme, le déni de la liberté de religion et la politisation des questions religieuses», que le plus célèbre des leaders tibétains a exposé un changement d'attitude. Il n'est ainsi pas impossible que celui-ci ait décidé de bouleverser sa stratégie après avoir pris connaissance des manifestations à venir, visiblement organisées par des mouvements tibétains radicaux. Son discours, en plus de le remettre sur le devant de la scène, l'a ainsi fait paraître comme le promoteur d'un nouvel élan au sein du mouvement tibétain, alors qu'un silence l'aurait peut-être définitivement écarté du jeu, et donc des négociations avec la direction chinoise.

Pékin ne devrait pas se plaindre du retour d'un dalaï-lama qui n'a jamais demandé l'indépendance du Tibet et le boycott des Jeux olympiques, se limitant à une volonté d'une plus grande autonomie religieuse. D'autant que les deux délégations possèdent un objectif commun: ramener le calme dans les provinces du Tibet, du Gansu et du Sichuan, touchées par les troubles. Les autorités chinoises veulent pouvoir ouvrir au plus vite les portes du Tibet aux journalistes étrangers, dépositaires de leur image internationale, et aux touristes, indispensables à l'économie de la région. De son côté, le dalaï-lama veut convaincre les agitateurs que sa politique a fonctionné et a amené Pékin à négocier avec lui. Il serait toutefois étonnant que les discussions aboutissent à quelque chose de concret avant les Jeux olympiques.