Le Federal Bureau of Investigation est-il sur le point de marquer un tournant dans la campagne présidentielle américaine? Vendredi, son directeur James Comey a décidé de rouvrir une enquête sur l’affaire des e-mails de l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton. Alors que les sondages lui étaient de plus en plus favorables après qu’une vidéo montrait Donald Trump se vanter d’avoir agressé sexuellement des femmes, la candidate démocrate à la Maison-Blanche semble à nouveau trébucher à onze jours de l’élection présidentielle.

Dans une lettre adressée au Congrès, le patron du FBI écrit: «En lien à un cas non lié, le FBI a appris l’existence de courriels qui paraissent pertinents dans le cadre de l’enquête.»

Coup de théâtre aux conséquences imprévisibles

Dans la dernière ligne droite de la présidentielle, c’est un coup de théâtre dont il est toutefois difficile de mesurer les conséquences. Apparemment, la nouvelle enquête serait orientée vers des e-mails qui auraient pu être classés secrets. Elle serait en partie liée à des courriels retrouvés sur l'ordinateur utilisé conjointement par Huma Abedin, proche collaboratrice de Hillary Clinton et vice-directrice de la campagne de la démocrate, et par son mari dont elle est séparée, l'ex-congressiste Anthony Weiner. Le FBI a visiblement mis la main sur l'ordinateur en question dans le cadre d'une enquête qu'il mène sur les textos de nature sexuelle qu'Anthony Weiner semble avoir envoyé à une adolescente de 15 ans de Caroline du Nord.

Le FBI a pourtant mené pendant une année une enquête sur la messagerie et le serveur privés utilisée par Hillary Clinton quand elle était secrétaire d’État en lieu et place de la messagerie officielle de l’administration.

En livrant les conclusions de l’investigation en juin, James Comey avait déclaré qu’il n’y avait pas, à l’époque, de preuve attestant d’une potentielle violation de la loi régissant l’utilisation d’information dites «classifiées». Il avait aussi ajouté que l’ex-cheffe de la diplomatie n’avait pas agi intentionnellement dans le but de violer la loi. Refusant dès lors de l’inculper, il avait tout de même livré un verdict qui équivalait, estiment certains, à une condamnation politique, relevant qu’elle avait agi avec une «extrême négligence».

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Réaction immédiate de Donald Trump

L’équipe de campagne de la démocrate était en mode de crise vendredi après-midi, imaginant la manière de réagir à cette nouvelle révélation. Lors d’un meeting à Cedar Rapids en Iowa, Hillary Clinton n’a pas abordé la question. Mais elle a sommé le FBI, en cours de soirée, de donner davantage d'informations sur l'ouverture de cette nouvelle enquête. Le camp démocrate est en effet furieux, ne comprenant pas que James Comey ait accepté de lâcher "une bombe" à moins de deux semaines de l'élection sans donner véritablement de faits et ouvrant la porte à toutes les interprétations. Le camp Trump pour sa part a exigé à son tour davantage d'informations du FBI, espérant pouvoir discréditer davantage Hillary Clinton.

Pour sa part, Donald Trump n’a pas tardé à s’emparer de la nouvelle pour discréditer sa rivale lors d’un meeting électoral à Manchester dans le New Hampshire. «C’est plus important que le Watergate», a-t-il lâché à la foule. Ces derniers jours, Washington grouillait de rumeurs au sujet des e-mails de Clinton et un groupe de républicains de la Chambre des représentants en a profité pour annoncer qu’il allait poursuivre ses enquêtes sur l’affaire quitte à destituer Hillary Clinton si celle-ci accède à la Maison-Blanche.

La gauche américaine incrédule

L’ouverture d’une nouvelle enquête pose des questions sur le FBI lui-même qui a déjà consacré un an à la question. Mais elle remet au centre de la campagne électorale une affaire dont Hillary Clinton n’a jamais pu se débarrasser. Les e-mails piratés de John Podesta, l’actuel chef de la campagne de la démocrate, et diffusés par WikiLeaks ces derniers jours noircissent encore un peu le tableau.

Dans un message envoyé à John Podesta, Neera Tanden, l’actuelle présidente du Center for American Progress, un groupe de réflexion de gauche à Washington, s’étonne de la manière dont les conseillers de Hillary Clinton ont géré l’affaire des courriels privés: «Pourquoi n’ont-ils pas publié cette affaire il y a dix-huit mois. C’est de la folie», s’exclamait cette ex-collaboratrice de la démocrate en mars 2015.

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Elle s’en prend vertement à la proche collaboratrice de Clinton au Département d’État, Cheryl Mills: «C’est du Cheryl tout craché. […] Or cette affaire est son talon d’Achille.» John Podesta lui-même écrivait le 2 mars 2015 au responsable de la campagne Robbie Mook: «Connaissais-tu l’ampleur de cette histoire?» Réponse de Mook: «Pas du tout».

Vendredi, plusieurs millions d’Américains avaient déjà procédé à un vote anticipé. Mais la question qui était sur toutes les lèvres était de savoir si le FBI allait publier de nouvelles conclusions avant le 8 novembre.