«Originaire de Charleroi, j’ai quitté la Belgique il y a 15 ans. J’avais notamment démarré un institut comparable à l’Idiap, axé sur l’interdisciplinarité, mais les politiciens nous demandaient de leur transmettre nos découvertes, ils se chargeraient du transfert de technologies. Je suis parti en claquant la porte. Il manque un terreau, une motivation.

Dans la crise actuelle, le problème linguistique constitue une excuse, les difficultés sont plus profondes. Jusqu’à la fin des années 1970, la Wallonie fut très riche. Puis il y eut la crise de la sidérurgie, et la Wallonie n’a jamais su exploiter les fonds européens comme l’Irlande, par exemple. Aujourd’hui, la Flandre a presque raison, car elle est vraiment dynamique, et elle a un potentiel énorme – voyez la vitalité d’Anvers. Qu’on soit d’accord ou non avec eux, ses politiciens ont de la poigne, alors que leurs homologues wallons semblent misérables, s’accrochant à leurs acquis. Au milieu, le roi ne sait pas quoi faire. Et la querelle centrale demeure Bruxelles.

On peut avoir peur de la scission, mais honnêtement, je ne vois pas d’autre solution possible. C’est un conflit de visions de la société: un socialisme un peu pépère en Wallonie, une habitude de l’indépendance économique en Flandre.»