La réponse n'a pas tardé. Deux jours après la réélection de George Bush, un groupe se réclamant d'Al-Qaida a promis vendredi sur son site internet «un enfer insoutenable» au chef de l'Etat américain. L'occasion de se pencher, près de trois ans après le fameux discours de George Bush sur «l'Axe du mal» en janvier 2002, sur l'état des menaces que ce dernier avait à l'époque dénoncé. L'Irak ayant déjà subit les foudres de Washington, restent trois principales «cibles»: la nébuleuse terroriste d'Oussama ben Laden, la Corée du Nord et l'Iran. Explications.

Al-Qaida: une terreur de plus en plus diffuse

La réapparition, par message vidéo interposé, d'Oussama ben Laden juste avant l'élection du 2 novembre résume à elle seule la situation de la nébuleuse terroriste et de son chef toujours en fuite. Frappée au cœur par l'intervention militaire américaine en Afghanistan et les coups de filets anti-terroristes au Moyen-Orient, au Pakistan et en Asie du Sud-Est, Al-Qaida est aujourd'hui moins une force structurée, avec des cellules nationales et un commandement général dirigé par Ben Laden et son lieutenant Ayman al-Zawahiri, qu'une «franchise» de la terreur. Le chercheur français Olivier Roy parle même de «label»: «Pour élargir son recrutement, Al-Qaida doit forger des alliances. Son réseau de militants n'existe que dans la mesure où ceux-ci commettent des attentats», écrivait-il en septembre dans Le Monde diplomatique. Ces alliances sont par exemple à l'œuvre en Irak, où le groupe terroriste du Jordanien Al-Zarkaoui commet les attentats les plus meurtriers au nom d'Al-Qaida sans pour autant prendre ses ordres chez Ben Laden.

Idem en Indonésie où des groupuscules locaux utilisent cette étiquette qui fait frémir les chancelleries. Résultat: Al-Qaida, principale cible de la guerre contre le terrorisme, devient de plus en plus dure à démanteler. Ses chefs interpellés sont tous, ou presque, des anciens de l'Afghanistan. Mais sur le terrain, ce sont les jeunes recrues ou les chefs locaux qui mènent la danse. Ils ne sont pas toujours identifiés. La réorganisation des services de renseignement préconisée par George Bush ne sera pas de trop pour les affronter.

Corée du Nord: l'arme du mystère

Le régime communiste de Pyongyang veut se retrouver en tête à tête avec Washington. La Corée du Nord a donc boycotté sans surprise les entretiens à six impliquant la Corée du Sud, la Chine, le Japon, la Russie et les Etats-Unis programmés en septembre. Depuis qu'il a annoncé la reprise du programme nucléaire nord-coréen en octobre 2002, le «cher leader» Kim Jong-il a multiplié les surenchères dans un seul but: obtenir des Américains des garanties sur la sécurité de son régime et sur son approvisionnement énergétique. George Bush est en somme confronté, dans ce cas précis, à un très classique chantage politique. Ce qui rend l'affaire nord-coréenne explosive est son contexte: très peu d'informations sur la réalité de son programme nucléaire (la CIA parle de deux à trois bombes presque prêtes, d'autre parlent de bluff), son environnement régional (37 000 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud, 47 000 au Japon voisin et à portée de missiles) et un risque toujours réel de prolifération (Pyongyang a déjà vendu par le passé des fusées au Pakistan. On soupçonne ses ingénieurs d'avoir aidé l'Iran). Le tout, sur fond d'un pays exsangue dont l'armée – 1,2 million d'hommes essentiellement massés sur la frontière avec la Corée du Sud – est l'ultime colonne vertébrale.

Iran: le prochain sur la liste?

Il règne un climat de compte à rebours autour de l'Iran et de son programme nucléaire qui n'est pas sans rappeler les préludes de la guerre en Irak. Les Etats-Unis soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme atomique sous couvert de programme civil et menacent de porter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'ONU fin novembre si les Iraniens ne lèvent pas les ambiguïtés qui entourent ce programme. Soupçons fondés ou pure manipulation? Le précédent irakien invite d'autant plus à l'inquiétude que le programme nucléaire iranien, lui, est autrement plus développé que celui qui était censé menacer la planète depuis l'Irak de Saddam Hussein. Et que les Israéliens multiplient périodiquement les menaces d'attaques préventives. Washington peut-il accepter de laisser l'Iran poursuivre son programme sans se dédire, au risque d'assister, d'ici à quelques années, à l'irruption d'une nouvelle puissance nucléaire dans la région? La Russie peut-elle jouer pour l'Iran le rôle de protecteur que joue de facto la Chine auprès de la Corée du Nord? L'Union européenne, qui prétend parvenir à une solution négociée avec Téhéran, dispose de peu de temps pour convaincre du bien-fondé de sa méthode.