«La terroriste qui a déclenché sa ceinture d’explosifs dans la station de métro Loubianka était Mariam Charipova, née en 1982», a déclaré un porte-parole des services spéciaux (FSB, ex-KGB). L’agence Interfax a indiqué que selon le comité antiterroriste russe qui coordonne les actions de plusieurs ministères, la jeune femme était originaire du village de Balakhani, au Daguestan, et était l’épouse d’un chef des rebelles de cette république caucasienne. Les enquêteurs n’ont pas précisé si ce dernier était toujours vivant.

Dans un entretien au journal d’opposition Novaïa Gazeta publié le 2 avril, le père de la jeune femme, Rassoul Magomedov, racontait avoir reconnu sa fille en voyant des photos de la kamikaze qui avaient été publiées sur internet. Mariam Charipova ne porte pas le même nom que son père car, selon la tradition daguestanaise, le nom de famille est formé sur la base du prénom du grand-père.

La jeune femme était depuis 2006 professeur d’informatique dans une école daguestanaise après avoir fait des études supérieures de mathématiques et de psychologie, explique son père dans cette interview. «Nous ne pouvons même pas supposer comment elle s’est retrouvée à Moscou. Oui, elle était dévote, mais elle n’a jamais exprimé de convictions radicales», déclare-t-il.

Une famille déjà connue des forces de l’ordre

Dans un autre entretien publié mardi au quotidien Komsomolskaïa Pravda, M. Magomedov raconte que sa famille a été à plusieurs reprises dans le collimateur des forces de l’ordre depuis 2005-2006. Le fils aîné, Anvar, a été un jour retrouvé dans la forêt après avoir été détenu par la police. «Ils l’avaient pendu par les jambes avec des crochets et battu toute la nuit», se souvient son père. Le jeune homme, amnistié plus tard, a quitté le Daguestan pour Moscou où il vit désormais, tandis que le fils cadet, Ilias, a de son côté aussi été arrêté et fait neuf mois de prison pour avoir lancé une grenade, selon M. Magomedov.

Ce dernier avait lui-même été interrogé début mars par les autorités sur le mariage de sa fille avec un des chefs des rebelles du Daguestan. «J’ai demandé à ma fille le jour même si c’était vrai. Elle m’a dit n’avoir aucun lien avec le maquis et qu’elle ne se marierait jamais sans me demander l’autorisation», relatait-il dans Novaïa Gazeta.

Les autorités russes avaient déjà indiqué vendredi avoir identifié Djanet Abdourakhmanova, adolescente née en 1992 et originaire du Daguestan, comme la kamikaze de la station de métro Park Koultoury. Elle était la veuve du combattant rebelle Oumalat Magomedov, tué lors d’une opération spéciale le 31 décembre.

Le double attentat suicide du 29 mars à Moscou, qui a fait au total 40 morts, a été revendiqué par le chef du groupe rebelle islamiste «Emirat du Caucase» Dokou Oumarov. Dans une vidéo diffusée le 31 mars, le chef rebelle avait expliqué qu’il s’agissait d’«un acte de vengeance» pour une opération spéciale menée par les forces de l’ordre russes le 11 février en Ingouchie et avait promis de nouveaux attentats. Le même jour, une autre double attaque suicide avait fait 10 morts à Kizliar, au Daguestan. Puis plusieurs explosions ont retenti dans les jours suivants. Lundi, c’est en Ingouchie, république voisine du Daguestan, qu’un kamikaze a tué deux policiers.