Khaled Mansour s’en souvient comme si c’était hier. La voiture qui le ramenait n’était qu’à quelques centaines de mètres de l’hôtel Canal où se trouvait son bureau. «L’explosion l’a secouée dans tous les sens», explique-t-il. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour s’approcher encore un peu et se rendre compte de l’ampleur de la catastrophe. C’était le 19 août 2003, et l’attentat n’avait pas seulement secoué la voiture de ce fonctionnaire international. Elle allait aussi faire trembler le monde.

En pleine invasion américaine de l’Irak, le quartier général de l’ONU à Bagdad était ravagé. Parmi les 22 morts sortis des décombres, celui du haut-commissaire aux droits de l’homme, Sergio Vieira de Mello, que les sauveteurs ne réussiront pas à ramener à la vie, par manque de moyens, après plusieurs heures d’agonie. Le responsable brésilien finira alors de se transformer en icône, pratiquement le seul héros de ce type produit jusqu’ici par le système onusien, à l’exception peut-être de son chef de l’époque, Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, mort en 2018. La preuve de cette stature particulière accordée à De Mello: Netflix vient de mettre en ligne un film à grand spectacle consacré à la carrière de celui que tout le monde appelait familièrement «Sergio», et qui est enterré à Genève, au cimetière des Rois.