En Grèce, l’espoir de voir émerger un gouvernement de coalition s’éloigne, au terme d’une semaine de tractations politiques infructueuses, le retour aux urnes semblant l’unique voie de sortie, au risque de voir durer la crise qui inquiète zone euro et marchés.

Après un week-end de rencontres infructueuses entre les dirigeants de tous les partis élus au parlement issu du scrutin du 6 mai et le président de la République Carolos Papoulias, ce dernier va de nouveau s’efforcer dans la soirée d’arracher «un consensus national» pour former un gouvernement avant la décision de proclamer de nouvelles élections, qui selon la Constitution, devraient alors avoir lieu dans un mois.

Cette rencontre intervient alors que la crise en Grèce, ainsi que la situation en Espagne seront une nouvelle fois à l’ordre du jour dans l’après-midi de la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles. Pour la Grèce, le ministre sortant des Finances, le socialiste Philippos Sahinidis, doit y participer, affirmaient lundi les médias grecs.

Pendant ce temps, M. Papoulias doit réunir autour de la table à 18h30 Antonis Samaras, dirigeant de la Nouvelle Démocratie (droite), arrivé en tête du scrutin le 6 mai mais sans majorité, Evangélos Vénizélos (socialiste, Pasok) arrivé troisième et Fotis Kouvelis, chef du petit parti Gauche démocratique (Dimar), qui a eu la dernière place du scrutin avec 6,1% des voix.

Ces trois dirigeants, dont les partis représentent ensemble la majorité des voix au parlement grec, soit 168 voix sur les 300, sont «en principe» d’accord pour la formation d’un gouvernement «œcuménique» mais M. Kouvelis met comme condition sine qua non pour y consentir, la participation de la Gauche radicale, Syriza, arrivée deuxième aux élections, qui s’oppose à cette coalition.

Syriza intraitable

Ce qui fait qu’«aucun gouvernement d’unité ne peut voir le jour,» a anticipé lundi matin M. Kouvelis sur la télévision privée Antenna, pointant le refus de Syriza de se joindre à une coalition.

«Un gouvernement n’incluant pas le Syriza n’aura pas le soutien nécessaire du peuple», souligne M. Kouvelis, ancien cadre du Syriza, qui s’en est écarté en 2010 pour former son propre parti, Dimar, plus européen. Il se retrouve en position de pivot, assis entre deux chaises, entre les socialistes pro-euro et le Syriza qui refuse le mémorandum d’accord avec l’Europe. Il doit réunir son groupe parlementaire en début d’après-midi en vue de la réunion prévue le soir au palais présidentiel.

Se disant pro-européens, la droite de la Nouvelle Démocratie, les socialistes Pasok et Dimar voudraient mettre sur pied un gouvernement «de deux ans» ayant pour but la renégociation et l’allégement des mesures de rigueur imposées depuis 2010 par les bailleurs de fonds du pays, UE et FMI, et fortement contestées lors du scrutin du 6 mai.

Politique du pire

Le chef du Syriza, Alexis Tsipras, a décoché ses flèches contre ces trois partis, soulignant qu’ils peuvent continuer sans lui puisqu’ils ont la majorité, et les accusant de vouloir former un gouvernement chargé d’appliquer un programme d’austérité qu’il juge «criminel».

«Trois partis se sont accordés sur un plan pour un gouvernement de deux ans afin d’appliquer l’accord sur le prêt (de sauvetage de la Grèce). Ils ont 168 députés au nouveau parlement, ils ont la majorité», avait-il déclaré dimanche après midi.

Lundi, le Syriza a réaffirmé qu’il ne se rendrait pas chez le président de la République et a réclamé la publication des minutes des entretiens entre le président et les chefs de parti dimanche pour que le «peuple grec soit informé des intentions et des positions des partis».

Sans revendiquer une sortie de l’euro a priori, Syriza veut rompre avec le plan d’assainissement de l’économie grecque élaboré par UE et le FMI en échange de la poursuite du versement des prêts internationaux. Il réclame l’arrêt du paiement d’une partie de la dette, l’annulation de certaines mesures déjà prises (conventions collectives), et plus de mesures pour la croissance.

Menaces bruxelloises

Mais Bruxelles, Berlin et d’autres chancelleries européennes n’ont cessé d’affirmer la semaine dernière que si la Grèce veut continuer recevoir l’aide internationale et être membre de la zone euro, la seule voie est le respect de ses engagements pour la poursuite de la rigueur.

Après une semaine difficile, les bourses ont rouvert lundi en nette baisse sur fond des inquiétudes provoquées par l’instabilité politique en Grèce, épicentre de la crise de la dette qui frappe surtout le sud de l’Europe, Espagne, Italie et Portugal, et menace de s’étendre dans les autres pays de la zone euro.

Reflétant les menaces de la sortie de l’euro, l’ensemble de la presse grecque était sceptique lundi sur la solution du recours aux élections.

«Impasse gouvernementale et menaces européennes» titre Naftémporiki (libéral). «Prolongement de l’impasse politique alors que les nuages sur la perspective européenne du pays s’accumulent et que les partenaires du pays et Bruxelles envoient des messages menaçants sur l’avenir de la Grèce», commente ce quotidien.

Pour Ethnos (centre gauche): «Dernier effort aujourd’hui de Papoulias pour un consensus national, Syriza (conduit le pays) vers des élections à haut risque.»

«Syriza a ouvert la voie pour de nouvelles élections et cette fois ce serait une sorte de référendum. Nous avons nous-même posé le dilemme, préfère-t-on l’euro ou la drachme», souligne Ethnos dans son éditorial.