environnement

Le développement durable s’embourbe à Rio

Le cinquième Sommet de la Terre s’ouvre mercredi sous de mauvais auspices. Les discussions préparatoires ont accouché mardi d’une déclaration hyper-prudente

Le sommet des Nations unies sur le développement durable, qui s’ouvre ce mercredi à Rio, est mal parti avant même d’avoir commencé. Ses dernières discussions préparatoires ont été si difficiles depuis une semaine qu’elles ont paru un instant déboucher sur une régression par rapport aux engagements pris dans la même ville en 1992. Sa «déclaration finale», en principe achevée mardi, devrait éviter un tel revers. Mais elle se caractérise par une grande prudence… au point de mal porter son titre: L’avenir que nous voulons.

La conférence, baptisée Rio +20 en référence à son illustre devancière, possède en principe de grandes ambitions. Après le Sommet de la Terre de 1992, qui avait entériné le soutien de la communauté internationale au développement durable, elle a pour tâche officielle de «donner des dents» à ce concept particulièrement difficile à mettre en œuvre. Comment? En rendant plus efficace la gouvernance le concernant. Et en encourageant l’économie verte, compatible avec la défense de l’environnement.

Or, les discussions préparatoires, menées la semaine dernière par les Nations unies, ont pataugé. Entre les envies des uns et les peurs des autres, elles n’ont pas réussi à imprimer le moindre élan au dossier du développement durable, y compris sur les thèmes précis du sommet. «Le brouillon de la déclaration multipliait les formules négatives sur l’économie verte, confie ainsi un acteur sous couvert d’anonymat. Il disait tout ce qu’elle ne devait pas être et rien de ce qu’elle pourrait devenir.» Résultat: seuls 116 des 315 paragraphes de la «déclaration finale» avaient été adoptés vendredi dernier; les 199 autres restaient contestés.

Le Brésil a alors décidé, en tant que pays hôte, de prendre les choses en mains. Par crainte que Rio +20 ne devienne un nouveau Copenhague, cette conférence de 2009 sur le climat au cours de laquelle les discussions préparatoires avaient pris un tel retard que les chefs d’Etat et de gouvernement, accourus les derniers jours pour avaliser le travail accompli, ont dû bricoler eux-mêmes une solution de dernière minute.

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Antonio Patriota, a promis un nouveau texte qui tiendrait compte des positions des uns et des autres. Arrivée aux délégations samedi soir, avec un grand retard, la nouvelle mouture de la déclaration a suscité des réactions mitigées.

Les pays développés ont dénoncé le rappel réitéré d’un des grands principes de la déclaration de Rio 92, celui de «responsabilité commune mais différenciée», qui établit que tous les pays sont responsables mais que ceux du Nord le sont davantage que ceux du Sud. Or, à leurs yeux, il n’y a pas de raison de donner plus de poids à ce principe qu’à d’autres, par exemple à celui de précaution qui exige de prendre au sérieux tout risque se présentant, dans le domaine de l’environnement notamment. De leur côté, les pays en développement ont regretté que le document ne soit pas plus explicite sur les moyens destinés à appliquer le développement durable, à savoir, à leurs yeux, le transfert de fonds et de technologies du Nord vers le Sud.

Au-delà de ces vieilles querelles, les discussions préliminaires au sommet ont souffert d’une absence de volonté. Aucun Etat ou groupe d’Etat n’a souhaité prendre le leadership (risqué) de la rencontre, comme les Etats-Unis l’avaient osé à Copenhague. Les pays développés se montrent encore plus circonspects que d’habitude. Empêtrés dans leur crise économique, ils ne sont pas disposés à prendre le moindre risque, notamment en promettant les financements et les transferts de technologies qui leur sont demandés. Or, les pays en développement ne sont pas prêts à céder le moindre pouce de terrain sans contrepartie. Ils craignent encore et toujours que le développement durable en général et l’économie verte en particulier ne représentent pour le monde industrialisé un moyen d’accentuer son avantage compétitif et de légitimer des mesures protectionnistes.

Et les pays émergents, à commencer par leur fer de lance, les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine)? L’occasion paraît trop belle pour eux de prendre la direction des opérations. Mais tel n’est pas leur avis apparemment. Les uns et les autres ont gardé jusqu’ici des positions très conservatrices. Si le Brésil, pays hôte, est bien forcé de se mettre quelque peu en avant, l’Inde et la Chine se sont comportées ces derniers jours comme des pays pauvres.

Il reste à savoir si l’arrivée des chefs d’Etat et de gouvernement, dès aujourd’hui, sera à même de modifier quelque peu le résultat du sommet. Cela n’est pas impossible. Mais ni l’Américain Barack Obama, ni le chinois Hu Jintao, ni l’Allemande Angela Merkel ne seront présents.

Ni l’Américain Barack Obama, ni le chinois Hu Jintao, ni l’Allemande Angela Merkel ne seront présents

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