Le mardi 2 juin, la France commencera à retrouver son visage d’avant l’épidémie de Covid-19. Une «libération» dont une seule zone métropolitaine ne bénéficiera pas complètement: la région Ile-de-France, composée de Paris et de sa grande couronne. Deux autres départements français d’outre-mer devront, eux aussi, attendre avant de voir l’ensemble des mesures de déconfinement s’appliquer: la Guyane, en raison du risque de propagation du virus en provenance du Brésil voisin, et l’île de Mayotte, dans l’océan Indien, où la situation sanitaire est critique depuis plusieurs semaines. L’acte 3 du déconfinement, supposé permettre au pays de tourner la page du Covid-19 – sauf apparition d’une nouvelle vague de contaminations – interviendra le 22 juin. 28 596 personnes malades du Covid 19 ont trouvé la mort en France, 15 680 patients restent actuellement hospitalisées, dont environ 2000 en réanimation. Le Premier ministre Edouard Philippe a de nouveau justifié la prudence du déconfinement français par les indicateurs sanitaires «pas suffisamment bons pour que tout redevienne normal plus tôt», en rappelant que «de nombreux foyers infectieux réapparaissent, mais sont heureusement maitrisés».

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France «libérée»

Cette France «libérée» retrouvera d’abord sa liberté de déplacement. Depuis le 11 mai, début du processus de déconfinement marqué par l'abandon des fameuses «attestations dérogatoires» indispensables, les Français ne pouvaient toujours pas s'éloigner sans «motifs impérieux» - avec attestation à la clef, contrôlée par la police dans les gares et sur les routes - à plus de 100 kilomètres de leur domicile. Cette restriction sera levée le 2 juin, à l'issue du week-end de la Pentecôte. Autre symbole trés attendu: la réouverture des cafés-restaurants et des jardins publics. Les premiers, maillons essentiels de la vie économique et de la vie sociale, pourront rouvrir leurs portes en respectant les mesures de distanciation sociale. Avec une exception en région parisienne, où seules les terrasses seront autorisées à rouvrir dans un premier temps. Le fait de pouvoir de nouveau accéder, sur tout le territoire - Paris inclus - aux lieux de promenade fermés depuis la mi mars, était une revendication prioritaire des élus locaux, en particulier dans les zones urbaines à forte densité. Tout au long du confinement, du 17 mars au 11 mai, les parcs et jardins étaient fermés, et les forces de l'ordre en surveillaient les accés, infligeant des contraventions à 135 euros aux contrevenants. Les musées pourront aussi rouvrir.

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Café, restaurants, hôtels...mais aussi salles de sport, campings, piscines (en zone verte), lieux culturels et tous les commerces: c'est donc une France redevenue normale qui sera de mise le 2 juin. La réouverture entamée des écoles est appelée à se généraliser la semaine prochaine, même si la fréquentation des élèves demeure faible: 22% seulement d’entre eux ont repris le chemin des classes depuis le 11 mai, avec toutefois de fortes variations selon les régions. L’assiduité scolaire est la plus forte dans les zones les moins contaminées comme la façade ouest du pays.

La reprise générale de l’activité, sur fond de maintien le plus possible du télétravail dans les entreprises qui le peuvent, intervient alors que les indicateurs économiques et sociaux français sont au rouge vif: un plan de 8 milliards d’euros d’aide au secteur automobile a été annoncé mardi par Emmanuel Macron, et plus de 800 000 chômeurs supplémentaires ont été recensés en avril, un record. La plupart de ces demandeurs d’emploi étaient titulaires de contrats à durée déterminée, non renouvelés. Le pays compte désormais 4,5 millions de demandeurs d'emploi. Le constructeur automobile Renault doit annoncer d’importantes restructurations ce vendredi et plusieurs marques du secteur de l’habillement sont en grande difficulté. La chaîne de magasins Camaïeu, qui emploie 3900 personnes, vient ainsi d’annoncer son prochain dépôt de bilan.

Deux restrictions

Deux restrictions demeureront en revanche en place, en plus des distinctions régionales imposées en Ile-de-France, seule région sur la carte à ne pas être en couleur «verte» mais «orange» en raison de la forte circulation du virus dans certaines zones, comme le département du Val-d’Oise, l’un des premiers touchés par la vague épidémique de Covid-19.

La première restriction concerne les frontières et s’appliquera entre autres aux échanges entre la France et la Suisse. Celles-ci seront rouvertes à compter du 15 juin, sans quatorzaine, aux ressortissants européens, ce qui relancera les déplacements transfrontaliers et la reprise des dessertes ferroviaires et aériennes, moyennant les restrictions sanitaires d’usage comme le port du masque dans les transports. Les visiteurs étrangers hors zone Schengen devront en revanche patienter. Les frontières françaises demeureront fermées au moins jusqu’au 15 juin, et leur réouverture sera coordonnée avec celle des autres pays de l’UE.

La seconde restriction concerne les boites de nuit, salles de concert, stades et cinémas, qui ne rouvriront au mieux qu'à partir du 22 juin, et les grandes manifestations publiques qui demeurent prohibés. Tout rassemblement de plus de dix personnes reste interdit jusqu'à nouvel ordre, ce qui compliquera la reprise du secteur événementiel et culturel, en sachant que tous les festivals d'été ont de toute façon été annulés. 

Projet controversé

A partir du 2 juin, l'application «Stop Covid», téléchargeable gratuitement sur les téléphones portables, sera disponible pour tous les français qui le désirent. Ce projet controversé a reçu le feu vert du parlement français en début de semaine. Les usagers de «Stop Covid» seront prévenus «s'ils ont été en contact avec un malade testé positif afin de pouvoir se faire tester soi-même et si besoin d'être pris en charge très tôt, ou bien de se confiner». Les données personnelles ne pourront pas être exploitées par l'Etat, et ses utilisateurs «ne pourront pas être localisés» a garanti le premier ministre, Edouard Philippe.