«J'endosse les conclusions de la Commission Winograd et je mets tout en œuvre pour les appliquer.» Au cours d'un Conseil de cabinet consacré aux conclusions du rapport d'enquête dénonçant les dysfonctionnements de la direction israélienne durant la deuxième guerre du Liban l'été dernier, le premier ministre, Ehoud Olmert, a confirmé qu'il «n'a pas l'intention de démissionner».

Revirement

Quelques heures auparavant, le président du groupe parlementaire de Kadima (le parti d'Ehoud Olmert) avait pourtant rendu son tablier pour protester contre l'attitude du premier ministre. Quant à la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni (Kadima), elle avait menacé de démissionner si le chef du gouvernement ne se retirait pas. Pourtant, elle est rentrée dans le rang après avoir été longuement reçue par ce dernier. «J'ai dit à Ehoud Olmert que démissionner serait la meilleure chose à faire [...] mais j'ai décidé de rester dans le gouvernement», a-t-elle déclaré en souhaitant «une meilleure collaboration avec le premier ministre». Dans la foulée, elle s'est prononcée contre des élections anticipées «qui n'apporteraient rien», selon elle. Un revirement.

«Comme la plupart des membres de la majorité, Tzipi Livni sait que son parti perdrait le pouvoir si les électeurs devaient se prononcer aujourd'hui. Elle préfère supporter quelques mois supplémentaires avec Ehoud Olmert plutôt que de se retrouver dans l'opposition», estime le commentateur politique Nadav Peri. Qui poursuit: «Cette même peur de l'avenir explique pourquoi le premier ministre s'accroche à son siège et pourquoi les mandataires de Kadima sont aussi peu nombreux à le pousser vers la sortie.»

De fait, un sondage publié mercredi par le quotidien Yediot Aharonot révèle que 72% des Israéliens estiment que le premier ministre ne doit pas rester à sa place. Dans la foulée, 65% souhaitent qu'il s'en aille sur-le-champ et 51% demandent des élections anticipées. «Des études d'opinion comme celles-là, il y en aura des dizaines jusqu'à la publication du deuxième rapport de la Commission Winograd en août prochain», affirme le commentateur Yoav Krakovski. «D'ici là, le gouvernement va tenter de se maintenir vaille que vaille. Les réformes qu'il promettait de mettre en chantier ne seront pas lancées: il ne s'occupera que de sa survie.» Et d'ajouter: «Tout le monde sait pourtant qu'à terme, Ehoud Olmert sera obligé de laisser la place. Les membres de son entourage jurent d'ailleurs que l'intéressé en est conscient mais qu'il veut choisir le moment de tirer sa révérence avec la tête haute. Il se battra donc jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la publication du deuxième rapport Winograd qui devrait le mettre encore plus gravement en cause que le premier.»

«Survivre coûte que coûte» semble également être l'unique objectif du ministre de la Défense, Amir Peretz, qui hésite à démissionner malgré sa mise en cause par la Commission Winograd. Certes, mercredi, ses proches ont ainsi annoncé son départ à plusieurs reprises, mais ils ont changé d'avis lorsque Tzipi Livni a annoncé qu'elle restait dans le gouvernement.

«De son point de vue, Amir Peretz a raison car s'il devait s'effacer maintenant, il perdrait également toute chance de voir renouveler son mandat de président du Parti travailliste le 28 mai prochain. Il redeviendrait député de base et il ne peut pas se le permettre», lâche l'analyste politique Shmuel Eran. «Amir Peretz est un vieux routier de la politique israélienne. Il comprend que sa carrière politique ne tient plus qu'à un fil, mais il s'y accroche en espérant un miracle et en comptant sur la lassitude de l'opinion.»

Initiative de paix oubliée

Plongée dans ses problèmes internes, la classe politique israélienne a en tout cas relégué au second rang de ses préoccupations les promesses d'ouverture diplomatique faites ces dernières semaines. Pour l'heure, l'initiative de paix saoudienne et la reprise du dialogue avec l'Autorité palestinienne semblent oubliées. Les rencontres bihebdomadaires entre Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas ont été rayées des agendas. Quant aux mesures visant à faciliter la vie des Palestiniens des territoires, elles sont sorties de l'ordre du jour. De l'avis de la majorité des commentateurs, il en ira sans doute de la sorte tant que la Commission Winograd n'aura pas rendu ses conclusions définitives et que la situation du gouvernement en place n'aura pas été clarifiée.