«Je dois vous le dire, nous devrons déboucher un jour ou l’autre», raconte Augustin Gédéon […]. Déboucher? «Oui, partir à l’étranger, là où nous serons le plus utiles pour reconstruire notre pays.» Ainsi témoignait un Haïtien à l’envoyé spécial du Temps.

Après le drame, l’exode? Déjà, de fortes migrations intérieures. Le Monde a constaté qu’un «afflux important de réfugiés a été signalé à Miragoâne [à environ 70 kilomètres au sud-ouest de la capitale] et 5 000 personnes sont arrivées dans le département de Grand-Anse, à l’ouest de Port-au-Prince, par la route et par bateaux.»

La République dominicaine, voisine sur l’île d’Hispaniola, apporte son aide et redouble d’efforts de «coopération», constate RFI. La radio rappelle pourtant que «le décalage de niveau de vie de part et d’autre de la frontière entraîne depuis de nombreuses années une importante immigration des Haïtiens dans l’Etat hispanophone. […] Le pays connaît, du coup, un racisme anti-haïtien très prégnant: violences arbitraires et impunies, expulsions agressives des immigrés haïtiens se sont multipliées ces dernières années.»

Selon RFI, «si le soutien de Saint-Domingue est plébiscité par sa population, il est probable que les habitants les plus défavorisés de la République dominicaine questionnent rapidement la dimension de l’aide. Une fois l’état d’extrême urgence passé, on peut s’attendre à de nouvelles tensions envers la communauté haïtienne immigrée dans le pays voisin.»

Partir à l’étranger se révèle encore plus ardu. La question ne s’est pas encore posée en Suisse, mais elle provoque de vifs débats dans les pays d’émigration traditionnels des quelque trois millions de Haïtiens exilés.

Les Etats-Unis ont vite réagi, relevait l’agence Reuters, citée par France 2: «Les citoyens (haïtiens) qui sont actuellement présents dans ce pays et qui n’ont pas eu l’autorisation de travailler […] peuvent maintenant déposer une demande à cet effet afin de gagner de l’argent et d’envoyer en Haïti des virements qui aideront à la reconstruction», a déclaré à Reuters Matt Chandler, porte-parole du département de la Sécurité Intérieure. Autre mesure pour venir en aide aux sinistrés, la reconnaissance à Haïti du Statut de Protection Temporaire (TPS). Le TPS est un statut provisoire d’immigration accordé aux ressortissants de certains pays en raison de «conditions négatives temporaires» telles que conflit armé ou catastrophe naturelle qui les empêchent de rentrer chez eux en toute sécurité.»

En France, qui compte environ 80’000 résidents d’origine haïtienne, le ministre de l’Immigration Eric Besson «a notamment promis que les Haïtiens devant se soigner en France ou dont la demande de regroupement familial a été accordée seront exonérés de visa préalable», indique L’Express.fr. Le ministre a aussi annoncé la suspension des expulsions des Haïtiens sans-papiers séjournant en France.

Une mesure «qui ne mange pas de pain, puisque l’unique aéroport de Port-au-Prince est, depuis le tremblement de terre, reconverti en plateforme humanitaire, fait remarquer André Bogentson, démographe haïtien doctorant à l’université de Nanterre», lit-on sur le site de France 24. «Le président de l’association des réfugiées haïtiens à Marseille] Hilaire Nasson et plusieurs représentants de la communauté haïtienne de France réclament donc un asile temporaire sur le modèle de celui accordé par le gouvernement américain.»

Le Monde explique que «le statut de réfugié est réservé aux victimes de conflits et de persécutions, même si le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) reconnaît la nécessité de faire évoluer le dispositif et est venu prêter main-forte à Haïti […] En Europe, l’attribution d’un statut de protection temporaire permettant d’accueillir des réfugiés est du ressort du Conseil de l’Union européenne. Son application aux victimes du séisme n’est pas à l’ordre du jour.»

L’accueil de réfugiés du séisme agite les forums, dont ceux de Yahoo, d’aucuns affichant un ton parfois brutal, d’autres se demandant si un hébergement temporaire ne serait pas plus efficace que les collectes de dons.

Le quotidien de Montréal Le Devoir relate que «plusieurs [victimes du séisme] cherchent à fuir Port-au-Prince pour les régions ou l’étranger. Des centaines de ressortissants canadiens et américains – ou prétendant l’être – brandissaient leurs papiers d’identité dans de longues files d’attente devant les ambassades des États-Unis et du Canada dans l’espoir d’abandonner le pays.»

Le Canada, spécialement Montréal, abrite la deuxième communauté haïtienne après les Etats-Unis. L’idée d’un accueil humanitaire a vite été lancée. Elle a provoqué un différend entre les autorités de la Province et le pouvoir fédéral, relève aussi Le Devoir: «Au diapason de la diaspora haïtienne, le gouvernement du Québec a demandé hier au gouvernement fédéral d’assouplir les critères touchant la réunification des familles d’immigrants haïtiens. Mais l’appel risque de rester vain: Ottawa estime avoir fait ce qu’il pouvait dans les circonstances.»

Jason Kenney, le ministre (fédéral) de l’immigration «a indiqué que selon les règles internationales, les Haïtiens qui désirent immigrer ne sont pas des «réfugiés», mais des «déplacés internes», ce qui ferme la porte à des demandes d’accueil en tant que réfugiés.»

«La communauté haïtienne du Québec est déçue des mesures annoncées par Ottawa pour faciliter les regroupements familiaux aux sinistrés d’Haïti», raconte Radio-Canada. Pour les représentants de la diaspora, «il aurait été plus efficace si le gouvernement fédéral avait annoncé l’octroi immédiat de visas temporaires à des proches de Québécois d’origine haïtienne pour atténuer leur douleur».

Pendant que certains prient pour partir, certains touristes, eux… viennent encore. Inspiré par un article du Guardian, Le Soir relate que «trois jours après le tremblement de terre, «The Independence of the seas», un des plus grands bateaux du monde, une véritable petite ville flottante de 339 mètres de long […] a fait une halte de quelques heures dans le petit port [de Labadee, épargné par le séisme] situé à moins de 100 kilomètres de Port-au-Prince. Au programme de ses 3100 passagers: bain de soleil sur la plage, jeux dans l’eau, cocktails au rhum, barbecue… Actu dramatique oblige, de nombreux croisiéristes n’ont pas quitté le navire. «C’était déjà assez dur de pique-niquer à Labadee avant le tremblement de terre, sachant combien de Haïtiens mouraient de faim», explique l’un d’eux. D’autres craignaient d’être agressés par des Haïtiens affamés.»

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