Le face-à-face était redouté. D’un côté, les riverains du quartier du Brouaz, «dernier grand espace de respiration d’Annemasse», selon Christian Dupessey, maire socialiste de cette commune frontalière avec Genève. De l’autre, le CCMA (Centre culturel des musulmans d’Annemasse) qui représente les 10 000 Annemassiens de confession musulmane. A l’initiative du maire, ils se sont retrouvés vendredi soir dans le cadre d’une réunion publique portant sur le «devenir du Brouaz».

Les premiers s’inquiètent du projet de construction d’une mosquée sur le site. Ils ont déposé, à ce titre, une pétition. Les seconds qui prient dans une ancienne grange transformée en salle de prière veulent acquérir au Brouaz un terrain de 7000 m2 pour ériger un vrai lieu de culte. Propriétaire de la parcelle, la mairie a donné son accord même si le locataire actuel, un maraîcher, a déposé des recours (voir Le Temps, édition du 10 août 2012). Les échanges entre les deux camps étaient jusque-là inexistants. Une élue d’opposition en a profité pour propager la rumeur selon laquelle certains membres de cette communauté étaient affiliés à une mouvance intégriste.

Vendredi, devant trois cents personnes, Hamid Zeddoug, le président du CCMA, s’est levé et a expliqué: «Notre association existe depuis 30 ans et nous n’avons jamais connu le moindre problème ni même le début d’une polémique. Nous ne sommes pas l’Arabie Saoudite mais des citoyens annemassiens parfaitement intégrés» Des images ont circulé sur le Net faisant état d’un projet de mosquée pharaonique dotée de deux minarets et d’un dôme. Une dame réclame le micro: «Ca nous inquiète tout ça, on n’a rien contre vous mais on ne sait pas ce qui va se passer tout à côté de chez nous.» Réponse de Hamid Zeddoug: «Le plan local d’urbanisation interdit toute élévation supérieure de 14 m et 60% de la surface doit être attribuée aux espaces verts, il n’y aura donc rien d’ostentatoire.»

Il poursuit: «Dans notre petite mosquée actuelle, nous pratiquons un islam à la française dans le respect de la loi française. Il en sera de même dans celle que nous voulons voir sortir de terre». Un autre riverain: «Vous serez combien là-dedans tous les jours? Vous priez tout le temps!» Hamid Zeddoug: «Le vendredi est le jour de la grande prière, un peu comme le dimanche pour les catholiques. Environ 400 personnes peuvent se retrouver à la mosquée. Le reste de la semaine, comme vous nous travaillons, il n’y a que quelques anciens à se rendre à la mosquée».

Etaient également présents un pasteur et un curé qui ont appelé au dialogue interreligieux. «De nos jours, on parle davantage de perversion ou de dérive de la religion que de religion elle-même. Il faut que cela change» ont-ils déclaré. Christian Dupessey a rappelé que conformément à la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, la ville ne verserait aucun centime d’euro dans la construction de la future mosquée. Soulagement dans le public. A la sortie, un homme confie: «J’ai un peu honte car j’ai eu l’impression que ces gens devaient se justifier alors qu’ils ont en droit de pratiquer leur foi dans un lieu digne»