Genève 2

«Le dialogue n’est pas engagé entre Syriens»

Le rideau tombe ce vendredi sur le premier acte de Genève 2. Les négociateurs de Damas martèlent que leur priorité est la lutte contre le terrorisme. Interview de Hussam Ala, ministre assistant aux Affaires étrangères, l’un des neuf négociateurs de la délégation envoyée par le régime syrien à Genève

«Le dialogue n’est pas engagé entre Syriens»

Syrie Le rideau tombe ce vendredi sur le premier acte de Genève 2

Les négociateurs de Damas martèlent que la priorité est la lutte contre le terrorisme

Hussam Ala, ministre adjoint aux Affaires étrangères, est l’un des neuf négociateurs de la délégation envoyée par le régime syrien à Genève.

Le Temps: Quel bilan tirez-vous du processus de Genève 2?

Hussam Ala: Nous sommes venus à Genève avec une instruction claire de notre président: représenter le peuple syrien et mettre au point une solution politique pour en terminer avec le terrorisme, qui est responsable de milliers de morts. Depuis le premier jour, nous n’avons eu de cesse de chercher un terrain commun avec l’autre côté pour aborder les différents problèmes de la Syrie. Dans le domaine humanitaire, nous avons essayé d’aborder les questions d’une manière générale, de sorte à fournir de l’aide à tous les Syriens qui en ont besoin, sans discrimination. Mais nous avons été confrontés à des tentatives de l’autre côté d’aborder cette question de façon très sélective en se concentrant sur la question à Homs.

– Il faut bien un point de départ.

– Certainement. Mais il faut d’abord se mettre d’accord sur des principes pour entamer tout processus. Depuis plus de six mois, nous avons essayé autant que nous pouvions d’évacuer les civils de la vieille ville de Homs. Mais les groupes armés qui y sont présents l’ont refusé.

– Vous rentrez donc bredouilles à Damas?

– Franchement, jusqu’à maintenant, nous n’avons toujours pas trouvé ce terrain commun avec l’autre côté. Ce matin encore, nous nous sommes présentés à la réunion avec un document sur la lutte contre le terrorisme. Il a été élaboré sur un consensus international et reflète les aspirations des Syriens. Nous y appelons à combattre sans délai les groupes affiliés à Al-Qaida. Nous demandons aussi à tous les pays de respecter leurs engagements internationaux à coopérer et à s’abstenir de financer et d’armer le terrorisme et à nos voisins de contrôler les frontières par lesquelles ont transité des terroristes originaires de 89 pays. Ces idées, personne ne peut vraiment s’y opposer. Or nous avons été surpris de constater que l’opposition les rejette.

– Mais la feuille de route pour Genève 2, c’est le communiqué de Genève 1?

– C’est vrai. Et nous avons dit que nous étions prêts à discuter chacun de ses articles. Le premier d’entre eux est de mettre un terme à la violence et de combattre le terrorisme. Commençons donc là.

– Le communiqué de Genève 1 ne fait pas référence au terrorisme.

– Il dit qu’il faut mettre un terme à la violence. Ce qui veut dire combattre le terrorisme car, quoi qu’on en dise, il est une réalité en Syrie.

– Pourquoi ce premier round n’a rien donné?

– Je vous l’ai dit, nous sommes venus ici pour discuter de l’avenir de notre pays et pour trouver une solution politique. Pour y parvenir, la partie de l’autre côté de la table doit être représentative des Syriens, et avoir la volonté de s’engager dans des discussions sérieuses. Mais nous avons en face de nous une délégation qui ne s’intéresse qu’à un point précis, parvenir au pouvoir, et cela pose problème.

– Etes-vous déçus? Votre délégation juge-t-elle utile de revenir dans dix jours à Genève?

– Nous sommes venus avec une vision claire de ce que nous voulions discuter, ce que nous avons fait, et nous continuerons. C’est à l’autre côté d’expliquer pourquoi il a systématiquement refusé toutes les tentatives d’établir la confiance. Nous sommes venus avec l’idée qu’un dialogue national s’engagerait entre Syriens. Cela n’a pas été le cas, car les différentes composantes de l’opposition interne ne sont pas représentées.

– Vous voulez dire y compris les groupes armés? Par exemple, faut-il associer des représentants du Front islamique (ndlr: l’une des principales composantes de l’opposition armée) aux discussions?

– Non, nous parlons des partis d’opposition. Cela a été une erreur pour les Nations unies d’inviter les représentants de cette fraction de l’opposition, et d’ignorer les autres. Elle doit être rectifiée d’ici au prochain round. Quant au Front islamique, il est composé d’organisations fondées sur la doctrine wahhabite, celle d’Al-Qaida. Ils ont le même objectif, l’instauration d’un califat. Nous ne voyons aucune différence entre eux et les groupes qui se réclament d’Al-Qaida.

– Quelle pourrait être la solution politique que vous dites rechercher?

– Une solution qui soit agréée par tous les Syriens. Eux seuls doivent décider de l’avenir du pays. Quel que soit l’accord négocié, il devra recevoir leur approbation par référendum.

– Ce pourrait être une autorité de transition, comme le stipule Genève 1?

– Quelle que soit la manière dont vous appelez cette entité, elle devra être approuvée par les Syriens.

– L’élection présidentielle aura-t-elle lieu ce printemps en Syrie?

– Elle se tiendra comme prévu, à une date qui n’a pas encore été fixée, et le président El-Assad sera candidat.

– C’est ce que souhaitent les Syriens?

– Absolument, telle est leur volonté. La majorité pense qu’il est le garant de l’unité du pays.

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