Ceux qui espéraient que le Parti communiste chinois (PCC) s’affranchisse de ses racines dogmatiques du marxisme-léninisme et du maoïsme pour entrer dans le monde moderne en sont pour leurs frais. C’est au son de la fanfare militaire entonnant «L’Internationale» que s’est achevé mercredi le 18e congrès du PCC. Au terme d’une semaine de travaux, les 2200 délégués ont renouvelé la composition du comité central (200 membres) et voté à l’unanimité, bras levés, diverses résolutions, dont quelques amendements à la charte du parti. Le processus de décision est resté totalement secret, les journalistes devant se contenter de lectures de rapports au vocabulaire abscons et de conférences de presse réservant très peu de surprises.

Le nouveau comité central désignera ce jeudi les membres du bureau politique. C’est alors seulement que l’on connaîtra la nouvelle composition de son comité permanent, c’est-à-dire l’équipe dirigeante qui sera à la tête de la deuxième puissance économique mondiale pour ces dix prochaines années, selon une règle non écrite. Plusieurs analystes politiques estiment que la lutte entre conservateurs et réformateurs est demeurée vive jusqu’au bout, toutes sortes de rumeurs circulant par ailleurs à Pékin sur l’impact du scandale provoqué par l’éviction du haut dirigeant Bo Xilai, héros d’une gauche post-maoïste dont l’influence demeure certaine.

Mercredi, l’ex-dirigeant Jiang Zemin était à nouveau assis aux côtés du secrétaire général sortant, Hu Jintao, ce qui laisse penser qu’il a joué un rôle déterminant dans la recomposition du pouvoir. Malgré une mobilisation générale des médias chinois, ce 18e congrès n’a suscité aucune passion au sein de la population, qui se sent complètement tenue à l’écart. Si le discours officiel insiste sur les multiples nouveautés théoriques du «socialisme aux couleurs de la Chine» introduites lors de ce congrès, nulle réforme significative ne semble devoir changer le cours du développement actuel de la nation la plus peuplée, quand bien même le mécontentement social grandit et le ralentissement économique menace.

La charte du parti inclut désormais le concept de «développement scientifique», cher à la direction sortante, comme «guide d’action du parti en même temps que le marxisme-léninisme, la pensée Mao Tsé-toung, la théorie de Deng Xiaoping et la pensée importante de la Triple représentation». Ses statuts font par ailleurs mention d’un «régime du socialisme à la chinoise» qui signale la volonté de pérenniser la structure actuelle du pouvoir. La notion de «développement d’une civilisation écologique» est également nouvelle.

Visiblement soulagés d’en finir sans heurts avec un congrès de tous les dangers, les délégués ont quitté en fin de matinée le Palais du peuple à bord de limousines noires, toutes de marque allemande, ou d’autocars. Ceux qui ont fait l’effort de répondre en quelques phrases aux micros tendus par les médias chinois répétaient tous ce message: «Nous allons maintenant mettre en place les nouvelles directives et travailler dur pour promouvoir l’esprit du 18e congrès.» Dans un rituel immuable, le journal de 19 heures de la télévision centrale a déclamé durant une vingtaine de minutes les 205 noms du nouveau comité central, ceux des 171 membres suppléants, ainsi que les 150 membres de la commission de supervision de la discipline du parti.

Ce congrès n’a suscité aucune passion au sein de la population, qui se sent complètement tenue à l’écart