Russie

Didier Burkhalter: «Isoler la Russie est une grosse erreur»

Le chef de la diplomatie suisse s’est rendu lundi à Moscou pour consolider sa position «d’intermédiaire impartial» en Syrie, en Géorgie et en Ukraine

Lors de sa première visite de travail à Moscou depuis 2013, le chef du Département fédéral des affaires étrangères Didier Burkhalter a rencontré lundi son homologue russe Sergueï Lavrov pour traiter une longue série de dossiers épineux comme le conflit du Donbass, la Syrie, les tensions dans le Caucase et le rôle de l’OSCE. Depuis 2013, les deux hommes ne s’étaient parlé qu’en marge de sommets. Lors de la conférence de presse conjointe, Sergueï Lavrov n’a eu que des mots aimables sur le rôle de Berne dans les affaires internationales. Il a exprimé sa «reconnaissance» pour les efforts suisses dans la résolution des conflits ukrainien, syrien et géorgien.

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Didier Burkhalter a dévoilé plus en détail la position de Berne à un petit groupe de journalistes réunis à l’ambassade de Suisse à Moscou. Évoquant une «transition» en Syrie, il reste évasif sur le futur de Bachar el-Assad. Moscou campe sur un «c’est aux Syriens de choisir», tandis que les Occidentaux exigent son départ à terme. «Nous sommes entre les deux», lâche le diplomate, s’excusant de sa «réponse de Normand». «La transition doit être aussi inclusive que possible.»

Sur l’Ukraine, à l’exception de l’annexion de la Crimée, qui reste un sujet de «vrai désaccord» avec la Russie, le chef de la diplomatie suisse évite de se prononcer sur le soutien de Moscou aux forces prorusses du Donbass, notamment via les livraisons d’armes observées à maintes reprises par les observateurs de l’OSCE. Didier Burkhalter botte en touche, préférant louer «l’excellent travail de l’OSCE dans des conditions très difficiles», suggérant même que des erreurs peuvent être commises par les observateurs

Partisan d'une force de police conjointe composée de Russes et d’Ukrainiens

Didier Burkhalter admet observer «beaucoup de cynisme» dans la conduite des affaires ukrainiennes, sans accuser de camp. Pour lui, les accords de Minsk sont «bloqués» et les conditions «ne sont remplies par aucun des deux côtés». Berne reste partisan de l’organisation d’élections dans le Donbass, mais le diplomate admet que «fixer aujourd’hui une date n’est pas réaliste» à cause des problèmes de sécurité. Il avance l’hypothèse d’une force armée de l’OSCE – qui a toujours été rejetée par les prorusses. Il va même plus loin, proposant une force de police conjointe composée de Russes et d’Ukrainiens sous la supervision de l’OSCE.

«Ce n’est pas forcément impossible quand on connaît le travail du [groupe de contact trilatéral] militaire. C’est une des choses qui fonctionne le mieux sur le terrain», estime Didier Burkhalter. Le groupe de contact bilatéral comprend des généraux ukrainiens et russes. Encadrés par l’OSCE, ce sont eux qui ont défini la ligne de démarcation en 2014. Une mesure qui a débouché sur un cessez-le-feu certes fragile mais qui a mis fin à la période la plus intense des hostilités.

Admettant se «faire du souci» pour l’avenir, Didier Burkhalter estime qu’il «ne faut pas avoir peur de la Russie» et qu’il «faut accepter de discuter avec elle» car «la peur est mauvaise conseillère». Se démarquant une nouvelle fois des chancelleries occidentales, il conclut «isoler la Russie est une grosse erreur».

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