Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Didier Burkhalter a demandé lundi la libération des observateurs militaires retenus à Slaviansk par des Ukrainiens pro-russes et a condamné leur détention qu’il a qualifiée d’«inacceptable». Depuis Interlaken où se tient durant deux jours une conférence sur la lutte contre le terrorisme, organisée par la présidence suisse de l’OSCE, le conseiller fédéral a tenté d’éviter de jeter de l’huile sur le feu en délivrant plusieurs messages, aussi bien en direction de la Russie que de l’Ukraine, dont le siège était inoccupé, lundi matin à Interlaken.

A la Russie tout d’abord. Selon Didier Burkhalter, son soutien est crucial pour obtenir la libération des otages. «Ce soutien doit se traduire par un progrès dans les négociations, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Nous avons des contacts directs, réguliers et étroits avec les autorités russes, comme avec tous les acteurs et partenaires impliqués dans cette crise. La Russie nous a envoyé des signaux clairs qu’elle ne voulait pas d’une longue crise des otages et œuvrait également à leur libération. Mais nous n’avons encore rien vu de concret sur le terrain. Nous discutons actuellement avec la Russie afin qu’elle renforce son message». Harcelé de questions sur le rôle de Moscou, le président en exercice de l’OSCE a concédé que «les signaux donnés par la Russie sont ce qu’ils sont. Nous, nous souhaitons qu’ils arrivent jusqu’au bout de la chaîne et permettent de jouer un rôle dans la nécessaire libération des otages», a-t-il précisé.

Mais Didier Burkhalter a aussi adressé un avertissement à l’Ukraine, qui a la responsabilité d’assurer la sécurité des observateurs internationaux. En l’état, la détention de ce groupe composé de huit personnes ne remet pas en cause les autres activités de l’OSCE en Ukraine. Le conseiller fédéral a laissé entendre qu’il en irait autrement en cas de détérioration de la situation. «Je vais être très clair. La sécurité de la mission doit être assurée par les autorités ukrainiennes. Si nous n’avons pas cette garantie, nous ne pouvons pas faire notre travail». Et de poursuivre: «si nous devions constater qu’il n’est plus possible de travailler que ce soit en raison des otages ou de la sécurité de la mission, nous prendrons les mesures qui s’imposent». A plusieurs reprises, Didier Burkhalter a également prié tous les acteurs impliqués d’adopter une attitude basée sur le dialogue et non la violence, et de ne pas jeter de l’huile sur le feu, «que ce soit avec des actes, avec des mots ou avec les deux».

Enfin, le président en exercice de l’OSCE n’a pas manqué de préciser que la délégation retenue à Slaviansk n’avait rien à voir avec la mission d’observation spéciale de l’OSCE qui a déjà déployé 122 observateurs en Ukraine sur les 500 espérés à terme. Les otages sont des observateurs militaires engagés sur la base d’un accord bilatéral entre d’un côté l’Ukraine et de l’autre des pays membres de l’OSCE.

Le Document de Vienne permet en effet l’échange et la vérification d’informations sur les forces armées et les activités militaires sans le consentement explicite de l’OSCE pour engager une éventuelle mission sur le terrain. A Interlaken, Didier Burkhalter s’est abstenu de formuler toute critique sur la pertinence de cet engagement dans l’Est de l’Ukraine, précisant juste au passage que la présidence suisse de l’OSCE avait l’intention de «moderniser» le Document de Vienne. «Je regarde les choses telles qu’elles sont et nous réglons les problèmes tels qu’ils sont, a-t-il déclaré. Les autorités ukrainiennes ont décidé sur la base de documents existants d’avoir des appuis en termes d’observation militaire. C’était leur choix et des accords bilatéraux ont été passés avec des pays qui ont décidé de donner suite à cette demande de visites et d’observations de quelques jours. La présidence suisse ne juge pas des éléments du passé, elle cherche à régler les éléments du présent pour améliorer l’avenir. Rien d’autres, à ce stade».