Gregor Gysi et Klaus Ernst n’avaient plus vu depuis longtemps un tel afflux autour de leur personne… De fait, lorsqu’ils se retrouvent à trois devant les caméras de télévision, en ce 22 mai, les reporters allemands n’ont d’yeux que pour Alexis Tsipras. Le président du parti d’extrême gauche grec Syriza, possible vainqueur des élections de juin à Athènes, était de passage à Berlin. Invité du parti frère allemand Die Linke, le politicien grec s’en est violemment pris à l’austérité prônée par Angela Merkel.

La visite d’Alexis Tsipras survient pour Gregor Gysi (chef du groupe parlementaire de Die Linke) et Klaus Ernst (coprésident du parti) à un moment critique. En Allemagne – le pays qui a mis en pratique les réformes et l’austérité rejetées par Alexis Tsipras –, l’extrême gauche ne fait plus recette, malgré l’augmentation constante du nombre de salariés pauvres depuis la mise en place des réformes du marché du travail d’inspiration libérale. Die Linke, qui avait obtenu 11,9% des suffrages aux élections législatives de 2009, n’est plus crédité que de 5% des intentions de vote et n’est pas sûr d’être représenté au Bundestag à l’issue des élections de 2013. Le parti, divisé par une lutte interne pour le pouvoir, semble au bord de l’implosion. Ce week-end, Die Linke, réuni en congrès à Göttingen (Basse-Saxe), doit se doter d’une nouvelle direction. Dix candidats sont en lice. «Soit nous parvenons à prendre un nouveau départ, soit ça se terminera par un désastre, peut-être même une scission du parti», avertit Gregor Gysi.

Unité de façade

Die Linke a longtemps fait figure de réussite exceptionnelle. Le parti est né en 2007 de la fusion des néocommunistes est-allemands et des déçus de la social-démocratie autour de deux figures de proue: Gregor Gysi, l’avocat de l’Est proche de l’ancien régime communiste, et Oskar Lafontaine, ancien ministre de Gerhard Schröder qui avait claqué la porte du gouvernement pour protester contre les réformes libérales décidées par les Verts et les sociaux-démocrates. Die Linke cumule rapidement les victoires et participe au pouvoir dans de nombreux Länder de l’est du pays.

Pendant toutes ces années, le parti n’affiche en réalité qu’une unité de façade, et le départ d’Oskar Lafontaine en 2010, pour des raisons de santé, marque le début d’une lente descente aux enfers. Au printemps, Die Linke est successivement éjecté des parlements régionaux du Schleswig-Hoslstein et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à l’ouest du pays. A l’est, les néocommunistes ne sont plus associés au pouvoir que dans le Brandebourg, la région qui entoure Berlin.

«Gysi et Lafontaine ne permettaient pas aux différences culturelles entre Est et Ouest, entre courants dogmatiques et progressistes, de s’exprimer, note un politologue. Pendant longtemps, ils ont réussi à cacher ces conflits larvés sous le tapis, en affichant leur bonne entente.» Le départ d’Oskar Lafontaine n’aurait fait que révéler un grave problème de structure: parti de masse à l’est du pays, parti de contestation à l’ouest… Il est presque impossible de concilier des aspirations si différentes et de définir une stratégie commune. D’autant qu’à l’Ouest, une nouvelle concurrence est apparue, avec les Pirates, qui réclament l’instauration d’un revenu minimum décent, sans conditions et valable pour tous.

A Göttingen, les 550 délégués vont tenter de rétablir un équilibre impossible hommes-femmes, Est-Ouest, réformateurs-radicaux…