Allemagne

Die Linke en passe de gouverner en Thuringe

Le SPD et les Verts ont passé un accord en début de semaine avec le parti de gauche pour une coalition. Le leader régional de Die Linke, Bodo Ramelow, sera le ministre-président de ce Land

Die Linke en passe de gouverner en Thuringe

Allemagne Le SPD et les Verts ont passé un accord avec le parti de gauche pour une coalition

Bodo Ramelow se dit «détendu». Le chef du parti Die Linke (la gauche) de Thuringe sera très probablement élu début novembre ministre-président de ce Land du centre de l’Allemagne. Son sort dépend des membres du Parti social-démocrate (SPD), qui doivent valider l’accord de coalition entre leur formation, Die Linke et les Verts. Bodo Ramelow ne doute pas de son élection car, au début de la semaine, la direction régionale du SPD a approuvé à l’unanimité un tel accord. Le moment est historique. Bodo Ramelow s’apprête à devenir le premier ministre-président d’un Land à porter l’étiquette de Die Linke.

Le SPD cède

Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, l’arrivée au pouvoir d’une coalition dite «rouge-rouge-verte» est un symbole. Jusqu’à présent, les sociaux-démocrates refusaient de partager le pouvoir avec les différents successeurs de la SED, parti officiel de l’ex-Allemagne de l’Est. Constituées de communistes et de déçus de la social-démocratie, ces formations (WASG, PDS et Die Linke) étaient jugées infréquentables. Conséquence: trois occasions de coalition ont été ratées, en Hesse, en Sarre et au niveau national en 2013.

Si les sociaux-démocrates de Thuringe ont cette fois décidé de s’allier à ce parti de gauche anti­libéral, c’est avec un goût amer dans la bouche. Lors des élections du 14 septembre, ils n’ont obtenu que 12% des suffrages, loin derrière l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel (33,5%) et Die Linke (28,8%). Jouant leur survie politique, ils ont refusé de participer pour la troisième fois d’affilée à une grande coalition avec les conservateurs. Refusant aussi de tomber dans l’opposition, ils ont choisi de s’allier à Die Linke et aux Verts et de mettre un terme à vingt-cinq années de pouvoir chrétien-démocrate dans cette région.

La personnalité de Bodo Ramelow joue aussi un rôle central dans la réalisation de cet accord. Considéré comme un pragmatique, cet Allemand de l’Ouest arrivé en Thuringe après la chute du Mur n’a rien d’un dirigeant gauchiste engoncé dans la doctrine du parti. «Il n’y aura pas de contre-révolution», assure le journal de gauche TAZ. «Ce n’est pas une expérience sauvage» qui est en court «mais la victoire du présent sur un passé enlisé».

Brèche psychologique

Reste à savoir si cette coalition de gauche pourra être reproduite au niveau national afin de faire chuter Angela Merkel. La CDU crie évidemment au loup, car les sociaux-démocrates de Thuringe ont ouvert une brèche psychologique à gauche. Selon Ralf Stegner, membre du SPD, cette coalition en Thuringe est un «signe de la normalisation» de De Linke. Pour la première fois, une coalition rouge-rouge-verte à Berlin est envisageable. A la direction du SPD, on relativise toutefois. «Cette décision n’a pas d’influence sur la politique nationale», assure Thomas Oppermann, président du groupe SPD au Bundestag. Contrairement à la situation en Thuringe, les sociaux-démocrates restent la première force de gauche au niveau national et participent depuis un an à une grande coalition avec les chrétiens-démocrates. De plus, les positions du SPD et de Die Linke restent opposées en matière de politique européenne et étrangère, limitant les possibilités d’accord national. Quant à la direction de Die Linke à Berlin, elle s’affiche moins unie qu’en Thuringe et moins désireuse de perdre son étiquette de parti de protestation. Le quotidien des affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung ne se fait donc pas de souci: une coalition rouge-rouge-verte à Berlin est pour lui tout simplement «impossible».

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