Mounzir est encore un adolescent, mais c’est déjà un vétéran de la guerre en Syrie. Après avoir chassé les soldats du régime de sa ville d’origine, Azaz, il essaie de faire de même à Alep, la grande métropole du nord où la tâche se révèle bien plus ardue. «Le combat est très différent ici», reconnaît Mounzir. «A Azaz, les habitants travaillaient avec nous et nous respectaient, mais ici, la moitié des gens ne nous protègent pas et ne nous aiment pas.»

Manque de recrues locales, armement insuffisant

Pour lui, cette guérilla urbaine est d’autant plus difficile qu’aucun des 12 membres de son unité ne vient d’Alep ni ne maîtrise la géographie de la ville. Avec pour tout armement des bombes artisanales, des kalachnikovs, des lance-roquettes et des mitrailleuses, ils doivent se battre pour chaque centimètre conquis. Et leur dernière opération en date s’est terminée par une retraite après la mort d’un des leurs.

Abou Mohammed, un commandant charismatique et respecté d’Alep qui dirige de 350 à 400 rebelles, reconnaît qu’il manque de recrues locales. Assis dans un champ d’oliviers, où il entraîne des hommes pour des opérations commandos, il attribue ce manque aux familles qui ont quitté la ville en masse à la fin de juillet, mais aussi aux religieux et décideurs de la ville qui affichent leur soutien au président Bachar el-Assad.

Les raids aériens et les bombardements ont détruit les maisons, ruiné les affaires et surtout dévasté des familles entières. Dans les rues, des montagnes de détritus pourrissent. Les habitants se plaignent des coupures d’électricité, des pénuries, des hausses de prix et, surtout, ils ont peur.

Pas d’issue en vue

Selon des experts, la bataille d’Alep pourrait encore durer longtemps vu la faiblesse de l’armement rebelle et la volonté du régime d’éviter la condamnation internationale que provoqueraient des massacres dans la ville.

«Clairement, la base de l’ASL est beaucoup plus dans les zones pauvres» dont elle a pris le contrôle facilement, déclare Marwa Daoudy, professeur en relations internationales à l’Université d’Oxford. Même s’ils sont très critiques envers le régime Assad, de nombreux habitants d’Alep, comme ailleurs dans le pays, craignent «pour leur sécurité et l’avenir du pays. Ils ne savent pas non plus qui sont certains des rebelles et quelles sont leurs intentions», ajoute-t-elle.