tunisie

Difficile et lente transition vers la démocratie

Avocate de la jeune femme violée par deux policiers, en septembre, Bochra Belhaj Hmida, de passage en Suisse, dénonce l’instrumentalisation par le pouvoir du cas de cette jeune femme pour régler des comptes avec les défenseurs des droits humains

En Tunisie, depuis le début 2011, le parti islamiste au pouvoir Ennahda, confronté à une forte résistance de la société civile, a développé une campagne de diffamation et de harcèlement contre les défenseurs des droits des femmes et des droits humains, accuse l’avocate tunisienne Bochra Belhaj Hmida.

«On a instrumentalisé le cas d’une jeune femme violée, l’accusant de comportements contraires aux bonnes mœurs, pour régler des comptes avec tous ceux qui défendent les droits fondamentaux», dénonce, de passage en Suisse, cette juriste qui défend Mariam, la jeune femme violée par deux policiers en septembre.

Cofondatrice de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Bochra Belhaj Hmida est l’une des oratrices de la commémoration du 100e anniversaire du Congrès pour la paix de l’Internationale socialiste, qui se déroule ce samedi dans la cathédrale de Bâle.

Son message est à la fois sans illusion sur les manœuvres d’Ennahda pour bloquer la transition vers la démocratie, mais aussi optimiste sur la force de résistance de la société tunisienne et sa volonté de parachever la révolution de 2011. La grande différence avec le régime de Ben Ali, c’est que les gens n’ont plus peur et s’expriment, dit-elle.

«Nouveau régime totalitaire»

Ainsi, l’Assemblée nationale constituante, élue en octobre 2011, n’a-t-elle commencé à aborder la loi électorale, ou la mise en place d’une justice indépendante et de l’instance de régulation des médias, que sous la pression de la rue et des manifestations d’octobre. «Depuis un an, le parti au pouvoir s’est acharné à bloquer tout processus de contrôle démocratique ou l’accès à la liberté des médias. Il est en passe de mettre sur pied un nouveau régime totalitaire. Son but est de se donner tous les moyens pour contrôler les prochaines élections et conserver le pouvoir», avertit l’avocate.

Les méthodes d’intimidation, injures, agressions, même de la part de la police, restent identiques à celles du régime Ben Ali, constate-t-elle. «De nombreuses femmes continuent à se faire harceler par des membres des forces de l’ordre qui profitent de la passivité des autorités.» Les dispositions légales concernant les bonnes mœurs se retournent souvent contre les femmes elles-mêmes.

Il y a une volonté du mouvement islamiste, sous la pression des salafistes extrémistes, d’imposer une lecture fondamentaliste de l’islam et des références conservatrices dans la législation. «Etre moderniste, c’est être hérétique. Une femme moderne est une prostituée aux yeux des ultras», note-t-elle.

Mais Ennahda et les conservateurs, qui veulent remettre en cause le statut personnel et la primauté du droit international sur le droit national, se sont rendu compte qu’il y a une trop grande résistance populaire. «Ils considèrent que la génération active actuelle est une génération perdue pour eux. Alors ils mettent l’accent sur les enfants, par la multiplication des écoles coraniques et l’endoctrinement.»

Certes, admet, Bochra Belhaj Hmida, la situation dans une Tunisie en ébullition, où les groupuscules salafistes font le coup de poing et s’en prennent aux universités et locaux de partis d’opposition, n’est pas aussi catastrophique qu’on se l’imagine parfois en Europe. Mais la situation sociale est alarmante avec un taux de chômage élevé, des chefs d’entreprises tunisiens ou étrangers qui renoncent à investir, faute de structures politiques stables.

Et c’est pourquoi, selon l’avocate, la priorité des partis démocratiques doit viser à l’établissement d’une loi électorale et d’une justice garantissant les libertés individuelles.

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