Ballons, drapeaux, flonflons et musique à tue-tête à même la piste de l’aéroport de Tel-Aviv. Le 20 juillet dernier, le ministère israélien de l’Intégration et l’Agence juive chargée de favoriser l’«alyah» (la «montée» des Juifs en Israël) avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir un vol spécial d’El Al transportant 206 «olim» (émigrants) originaires de France.

Pour marquer l’importance de l’événement la ministre de l’Intégration Sofia Landver s’est déplacée. Originaire de Léningrad, elle a fui l’URSS en 1979 pour s’installer en Israël et elle prodigue des conseils à ses nouveaux concitoyens. «Vous devez vous accrocher parce que ce ne sera pas facile tous les jours, dit-elle. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour vous aider mais c’est à vous de vous de prendre en main pour que votre «alyah» soit réussie.»

Record en 2015

Le lendemain, nouvelle arrivée en fanfare. Cette fois, 180 «olim» originaires de Marseille, de Nice, de Lyon et de Paris sont de nouveau accueillis en grande pompe. Beaucoup portent la kippa et tous ont l’air un peu sonné. Ils reçoivent les mêmes conseils. «Chaque fois que vous aurez le blues et que vous vous poserez des questions sur le bien-fondé de votre «alyah», pensez à vos enfants», lâche un fonctionnaire chargé de les aider à obtenir instantanément la nationalité israélienne. «Dites-vous que vous êtes venus ici pour eux, pour qu’ils n’aient plus à se cacher et qu’ils puissent vivre en Juifs libres sur leur terre ancestrale.»

Le prochain vol rempli d’«olim» est attendu (140 personnes) et il sera suivi par de nombreux autres d’ici à la fin de l’année. Certes, les chiffres de l’«alyah» française en 2016 seront sans doute moins élevés qu’en 2015, l’année record durant laquelle 7835 cartes d’identité israéliennes ont été distribuées à des nouveaux immigrants d’origine française, mais les perspectives restent prometteuses puisque six mille personnes sont attendues.

Antisémitisme en hausse

Le 20 juillet, la plupart des nouveaux immigrants étaient jeunes, mariés et parents de deux ou trois enfants. Leur motivation? Tous évoquent en premier lieu «la montée de l’antisémitisme» et l’insécurité. Les difficultés économiques de l’Hexagone viennent ensuite. Une semaine après l’attentat de Nice, ils affirmaient en tout cas «rechercher une vie nouvelle».

Lire aussi: François Hollande aux Juifs de France: «La France est votre patrie»

«Je rêvais de faire mon «alyah» depuis une bonne dizaine d’années. Puisque mon épouse et mes enfants voulaient également tenter l’aventure, pourquoi pas?», interroge Michaël, un quarantenaire doté d’une solide expérience dans le domaine de l’imprimerie. «Après les attentats qui ont frappé l’école juive de Toulouse et l’Hypercasher de Paris, le moment était venu. Nous ne pouvions pas nous imaginer vivant là-bas en cachant notre étoile de David dans la rue pendant que des soldats gardent l’entrée des synagogues.»

Encouragements d’Israël

A en croire les nouveaux arrivants, de nombreux autres Juifs français envisageraient de les suivre mais auraient du mal à se décider. Parce que le niveau de salaire et des prestations sociales dans l’Etat hébreu est moins élevé qu’en France. Et que la bureaucratie israélienne parvient souvent à décourager les meilleures volontés.

Certes, dans plusieurs villes telles Natanya, Ashdod, Tel-Aviv, Jérusalem et Ashkelon où les «Tsarfatim» (Français) sont nombreux, les municipalités ont mis sur place des équipes de soutien francophones. En outre, la Knesset et le gouvernement de Benyamin Netanyahou ont adopté une série de mesures favorisant la reconnaissance des diplômes français pour les professions réglementées (avocats, médecins, etc.) et allégeant la procédure d’accès à l’emploi.

Echecs silencieux

«Cela ne suffit pas et bon nombre d’«olim» (de dix à trente pour cent selon les estimations, ndlr) déchantent au bout de quelques mois et rentrent en France avec la queue entre les jambes», assène une assistante sociale chargée d’accompagner des nouveaux immigrants français dans une ville du sud d’Israël. «Après l’enthousiasme des premières semaines, ils se rendent comptent qu’il leur faudra beaucoup plus de temps qu’espéré pour bien manier la langue, que la mentalité israélienne est fondamentalement différente de la leur, et que malgré les discours officiels personne ne les attendait. En tout cas, que personne ne leur fera cadeau d’un emploi valorisant. Ils tournent en rond, commencent à déprimer en voyant fondre leurs économies, se décident à retourner là d’où ils viennent. Mais sans le crier sur tous les toits pour ne pas porter atteinte au mythe de l’«alyah» heureuse».