Mahmoud Ahmadinejad a entamé mardi une visite au Caire où il s’est entretenu avec son homologue Mohamed Morsi. Celui qui participera ce mercredi dans la capitale égyptienne au sommet de l’Organisation de la coopération islamique parviendra-t-il à briser pour de bon la glace entre Le Caire et Téhéran? «J’espère que les relations diplomatiques irano-égyptiennes seront totalement rétablies au plus haut niveau», confiait, lundi, Amani Mojtaba, le chef de la section d’intérêts iranienne, à l’agence de presse Reuters. Mais si le président iranien, le premier à se rendre au pays des pharaons depuis l’avènement de la République islamique en 1979, entend profiter de sa visite pour courtiser un allié régional potentiel à l’heure où son soutien à Damas et sa course au nucléaire ne l’ont jamais autant isolé sur la scène internationale, les Egyptiens apparaissent beaucoup moins pressés de rétablir les ponts avec l’Iran.

Entre les deux pays, le divorce remonte à près de trente-quatre ans. A l’époque, le nouveau pouvoir islamique iranien reprocha au président Anouar el-Sadate d’avoir offert l’asile à l’ex-shah d’Iran – qui finira par mourir au Caire, où se trouve son tombeau. Mais c’est également pour dénoncer le traité de paix israélo-égyptien que les ayatollahs chiites de Téhéran rompirent avec Le Caire. Adeptes des symboles provocateurs, ils s’empressèrent, peu après la mort de Sadate, en 1981, de rebaptiser l’une des grandes avenues de Téhéran avec le nom de son assassin, Khaled Eslamboli. Un contentieux qui les poursuivit jusque sous Hosni Moubarak, peu enclin à se rapprocher d’un pays qu’il a toujours perçu comme un élément déstabilisateur dans la région.

Héritage fatimide

Paradoxalement, les deux pays sont unis par des liens à la fois historiques et idéologiques qui dépassent les soubresauts de l’actualité régionale. Un détour par Le Caire islamique, l’un des plus anciens quartiers de la capitale égyptienne, où de vieilles mosquées chiites ont encore pignon sur rue, permet de prendre la mesure de l’héritage laissé par la dynastie fatimide qui régna sur l’Egypte de 969 à 1171. A l’inverse, l’histoire contemporaine iranienne porte la marque de l’influence des Frères musulmans et de l’un de leurs théoriciens, le sunnite Seyed Ghotb, véritable source d’inspiration pour l’actuel guide religieux iranien, Ali Khamenei – dont il a traduit trois ouvrages en persan.

Avec la «révolution du Nil» – dont les Frères musulmans sont aujourd’hui les grands gagnants – il eût donc semblé naturel que Le Caire et Téhéran trouvent un nouveau terrain d’entente. Du moins, du point de vue iranien. Pressé de ramener à la cause de son pays les révoltes du Printemps arabe, Ali Khamenei salua dès février 2011 «le réveil islamique» de la rue égyptienne. C’était compter sans le différend religieux qui oppose les dirigeants chiites iraniens et les sunnites de la confrérie qui, sous influence de l’Arabie saoudite – dont ils dépendent largement financièrement – restent loyaux envers leur «parrain». Le président égyptien Mohamed Morsi veut également ménager ses relations avec les Etats-Unis – engagée dans une campagne de sanctions contre Téhéran à cause de son programme nucléaire, l’Amérique aide l’armée égyptienne à hauteur de 1,3 milliard de dollars par an. Mais s’il est un sujet particulièrement sensible qui semble vouer à l’échec toute tentative de rapprochement, c’est bien celui de la Syrie. Tandis que la République islamique continue à afficher son indéfectible soutien à Bachar el-Assad, Mohamed Morsi est un grand défenseur de la révolution syrienne. Il ne s’en était pas caché dans un discours très engagé lors de sa visite à Téhéran, au mois d’août dernier, dans le cadre du sommet des Non-Alignés. Embarrassés, les Iraniens avaient alors sommé leurs interprètes de remplacer le mot «Syrie» par celui de «Bahreïn» lors de la retransmission télévisée de son allocution.