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A Barcelone, 1er octobre 2017.
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indépendance

Les difficiles questions que la Catalogne pose à l’Europe

Le référendum interdit de dimanche en Catalogne marque-t-il une défaite de l’Union européenne? Ou impose-t-il, dans les faits, une future intervention ou médiation communautaire pour trouver une issue à cette impasse espagnole?

Tout au long de la journée de dimanche, alors qu’ils dirigeaient les opérations de vote torpillées par les forces de police espagnoles, les responsables des autorités de Catalogne et les dirigeants pro-indépendantistes ont interrogé leurs interlocuteurs étrangers sur le rôle de l’Union européenne.

Notre suivi de la journée de dimanche: L’impact dévastateur des images violentes de Catalogne

Leur espoir? Que Bruxelles finisse par s’interposer et entrouvre la porte à une possible autodétermination. Au lendemain du référendum interdit et empêché par Madrid, l’état des lieux communautaire apparaît bien moins optimiste et beaucoup plus complexe.

■ L’Union européenne peut-elle intervenir dans le conflit qui oppose Madrid à Barcelone?

La réponse est non, même si toutes les portes ne sont pas fermées, en particulier celles de la négociation. «Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue», a déclaré lundi le porte-parole de l'exécutif européen Margaritis Schinas lors d'un point presse à Bruxelles. «La violence ne peut jamais être un instrument en politique». Peut-on aller plus loin ? C’est le vœu qu’a formulé dimanche soir le président de la région, Carlos Puigdemont, après avoir annoncé que le oui à l’indépendance l’avait emporté à plus de 90%. Estimant que les habitants de la région ont gagné «le droit d’avoir un Etat indépendant qui prenne la forme d’une République», le chef de l’exécutif régional a de nouveau appelé l’Union européenne à s’impliquer directement dans le conflit qui l’oppose au gouvernement espagnol et à ne «plus regarder ailleurs».

Cette interpellation est sans cesse adressée, depuis des semaines, par les responsables politiques pro-indépendantistes à Bruxelles, d’où une seule réponse est venue jusque-là: si le référendum a lieu dans des conditions démocratiques – ce qui n’a manifestement pas du tout été le cas, vu le niveau de violence policière, mais aussi le manque d’équité de la campagne – et que la Catalogne se dirige vers l’indépendance, l’entité quittera automatiquement l’Union européenne. Elle pourra ensuite, si elle désire la réintégrer, présenter sa candidature. Laquelle devra être acceptée à l’unanimité des pays membres… donc avec l’accord de l’Espagne qui, évidemment, mettra son veto.

Pour mémoire, Madrid est l’un des Etats membres de l’UE à n’avoir toujours pas reconnu l’indépendance du Kosovo, proclamée en 2008, pour éviter justement d’attiser le nationalisme catalan…


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Une chose paraît claire enfin: l’article 7 du traité de l’UE, souvent évoqué par les indépendantistes pour justifier leur appel à l’Union, ne tient pas dans ce cadre. L’article en question prévoit que les droits d’un Etat membre peuvent être suspendus en cas d’existence «d’une violation grave et persistante par un Etat membre des valeurs visées à l’article 2, après avoir invité cet Etat membre à présenter toute observation en la matière». L’article 2 spécifie, lui: «L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’Etat de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux Etats membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes.»

A ce stade, les autorités espagnoles se sont peut-être discréditées par leur attitude en Catalogne. La violence est problématique. Mais il parait difficile de dire que ces valeurs-là n’ont pas été bafouées de façon systématique. «Au regard de la Constitution espagnole, le vote d'hier en Catalogne n'était pas légal», a poursuivi devant la presse le porte-parole de l'exécutif européen, Margaritis Schinas. Il s'est ensuite refusé à répondre à la question de savoir si la Commission condamnait spécifiquement les violences policières qui ont fait de nombreux blessés dimanche en Catalogne...

■ Que peut faire néanmoins l’UE face à cette dangereuse escalade politique?

Maintenant que le vote a eu lieu, dans les conditions désastreuses que l’on sait, la donne a-t-elle changé? A priori non. Il est probable que, dès ce lundi, les responsables des institutions européennes regrettent publiquement les violences policières et le spectacle bien peu démocratique donné par ce référendum dans l’un des grands Etats membres de l’Union.

Rien, en revanche, ne peut justifier d’emblée une proposition de médiation ou d’intervention, compte tenu du refus absolu du gouvernement de Madrid. Il est certain en revanche que le premier ministre espagnol Mariano Rajoy – s’il n’a pas démissionné ou été mis en minorité au parlement d’ici là – devra s’expliquer devant ses pairs lors du sommet européen des 18 et 19 octobre à Bruxelles. Officiellement, et Emmanuel Macron comme Angela Merkel l’ont répété ces derniers jours, les institutions européennes n’ont qu’un seul interlocuteur: le gouvernement du Royaume d’Espagne, pays membre de la communauté depuis le 12 juillet 1986 (ses trente ans d’adhésion ont été fêtés l’an dernier). Deux possibilités existent néanmoins pour essayer de sortir de l’impasse.

Notre éditorial de vendredi: Madrid-Barcelone: où est l’arbitre?

La première option consisterait à proposer l’envoi sur place d’une mission d’évaluation de la situation après cette désolante journée de dimanche. Le Parlement européen, qui n’avait pas de mission officielle sur place mais dont plusieurs élus étaient présents hier à Barcelone, doit discuter de la Catalogne dans l’après-midi et pourrait au moins proposer ses bons offices lors de la session plénière de cette semaine à Strasbourg, du 2 au 5 octobre. Avec un obstacle de taille: la nécessité d’un vote sur le sujet des 755 eurodéputés au sein desquels l’écrasante majorité défend les frontières actuelles des Etats membres. Pour rappel, seuls une poignée de députés «régionalistes» siègent au sein de l’Assemblée, réunis au sein du groupe Verts/Alliance libre européenne (ALE).

La marge de manœuvre est dès lors étroite, comme en témoigne la déclaration, dimanche soir, de la vice-présidente écologiste autrichienne du PE, Ulrike Lunacek: «En principe, le référendum est légal, mais, comme le prouve l’exemple de l’Ecosse, il doit se faire en concertation avec Madrid. Dans le même temps, le gouvernement central doit enfin cesser de bloquer le dialogue», a-t-elle souligné…

La seconde option, la plus probable, consiste à faire pression sur le gouvernement espagnol pour qu’il relance le dialogue politique avec la Catalogne. De telles pressions, si elles interviennent, peuvent être surtout formulées par les capitales et par les dirigeants des «grands» Etats membres. Les deux pays qui assument la présidence tournante de l’UE cette année sont l’Estonie (jusqu’au 31 juillet) puis l’Autriche. A priori, l’un comme l’autre n’ont guère l’envie, ou le poids, de se mêler de cet épineux dossier catalan. Citons aussi de possibles médiations discrètes et extérieures à l’UE. Dans le cas du Pays basque, et du désarmement des terroristes de l’ETA, le Centre pour le dialogue humanitaire basé à Genève avait mené plusieurs missions de médiation réussies.

■ Ce référendum marque-il une défaite de l’idée européenne?

C’est l’un des refrains des porte-parole indépendantistes qui voient dans la répression policière espagnole la faillite des idéaux démocratiques européens et évoquent régulièrement, devant la presse, les fantômes de la guerre civile qui ravagea le pays entre juillet 1936 et avril 1939. A l’époque, les dirigeants des grandes démocraties voisines, comme la France ou la Grande-Bretagne, refusèrent d’intervenir aux côtés des républicains espagnols, dont la Catalogne était le bastion, face à l’armée du général Franco, soutenu par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La comparaison, toutefois, ne tient pas. L’Union européenne est malheureusement régulièrement secouée par des cas de violence policière dans ses Etats membres. La ville de Barcelone, en outre, n’a pas été hier quadrillée par la police espagnole ou par l’armée. La majorité des quartiers de la capitale catalane continuaient normalement leur vie, sauf aux abords des écoles utilisées pour voter.

Si échec il y a, en revanche, c’est incontestablement celui du gouvernement espagnol, dont l’obstination pose à l’UE un problème d’image et de cohésion. Il sera dès lors intéressant de voir en quels termes exacts les dirigeants européens se prononcent et la nature de leurs appels lancés à Mariano Rajoy, dont il est probable que beaucoup souhaitent secrètement le départ, pour sortir de cette impasse politique.

Dernier point enfin: comment l’UE, secouée par cette révolte catalane, peut-elle continuer dans ces conditions à défendre les frontières nationales des pays pauvres ou émergents qu’elle aide sur le plan économique? Et comment faire en sorte pour que l'exemple Catalan n'inspire pas d'autres forces autonomistes ou indépendantistes ? Dimanche à Barcelone, des élus Corses, basques, bretons et des représentants de la minorité hongroise de Roumanie étaient présents pour observer le référendum. De ce point de vue, l’onde de choc est réelle.

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