Allemagne

Difficiles régionales pour Angela Merkel

La CDU en chute libre dans les sondages est en mauvaise posture pour les régionales de dimanche dans trois Länder du pays. La question des réfugiés plombe le parti de la chancelière

Depuis des semaines, Angela Merkel se rend presque chaque soir en province. Les 12,7 millions d’électeurs de trois Länder – Bade-Wurtemberg, Rhénanie-Palatinat et Saxe-Anhalt – sont appelés aux urnes dimanche pour renouveler leur parlement régional et la chancelière multiplie les soirées électorales auprès de candidats malmenés par la crise des réfugiés. Ce soir-là, elle est à Freiburg, à la frontière avec la Suisse. La grande bourgeoisie de cette cité médiévale cossue s’est donné rendez-vous dans la salle de concerts où Angela Merkel tente de voler au secours de Guido Wolf. Tête de liste CDU dans le Bade-Wurtemberg, cet homme de 55 ans dépourvu de tout charisme n’a quasiment aucune chance de ravir la direction du Land au très populaire Vert Winfried Kretschmann.

«Doit-on jeter l’éponge parce que ça n’a pas encore marché? On doit essayer, essayer encore et encore», martèle la chancelière, suivant le canevas de ses discours sur l’accueil des réfugiés. La salle applaudit, conquise. Marietta Schmidt est enthousiaste. La soixantaine, cette adepte de la CDU voit en Angela Merkel «un roc au sein de l’Union européenne, la seule à avoir une vision pour sortir de cette crise». Mais il en faudrait plus pour faire passer Guido Wolf. Les Verts sont crédités de 32% des intentions de vote, la CDU de 28%.

Vote populiste

En Rhénanie-Palatinat, plus au nord, un duel de femmes oppose Malu Dreyer, SPD et ministre présidente en titre à Julia Klöckner, étoile montante de la CDU elle aussi malmenée par les sondages. Elle vient de passer derrière sa challenger, au coude à coude, autour de 35% des intentions de vote. Seul le candidat CDU de Saxe Anhalt en ex-RDA, Reiner Haselhoff, est assuré de conserver son poste à la tête du Land. Mais avec un parlement presque ingérable, où extrême gauche (die Linke) et extrême droite (AfD) engrangent à elles seules 40% des intentions de vote. Dans chacune des trois régions, le parti populiste AfD est crédité de plus de 10% des intentions de vote.

Pour la CDU, l’heure est grave. Le parti ne contrôle plus aucune des grandes villes du pays. Et sur les seize Länder que compte l’Allemagne, seuls cinq sont aujourd’hui encore dirigés par un chrétien-démocrate. «Ces élections régionales sont très importantes pour Angela Merkel et sa coalition, car ils vont servir de test sur sa politique contestée avec les migrants», estime le politologue Jens Walther, de l’université de Düsseldorf.

Défi des réfugiés

De fait, l’électorat allemand est désorienté depuis que, le 5 septembre, la chancelière a ouvert la frontière aux réfugiés bloqués en Hongrie.

Un million de migrants sont arrivés l’an passé en République Fédérale. Au plus tard depuis les incidents de Cologne – un millier de jeunes hommes d’origine maghrébine ont agressé des centaines de jeunes femmes dans la nuit de la St Sylvestre aux abords de la gare – les réticences et le scepticisme l’emportent. Officiellement, Angela Merkel maintient le cap: pas de quotas, pas de fermeture des frontières, pas de plan B si la solution européenne avec la Turquie échoue. Dans les faits, son discours a évolué, réclamant la réduction du flux migratoire, avec l’aide de la Turquie et à 28. Un accord à Bruxelles lundi dernier aurait donné à la CDU un coup de pouce non négligeable. «L’objectif de l’Allemagne de décrocher un tel accord était clairement lié aux régionales», estime Jens Walther. La chancellerie, généralement prudente au lendemain des sommets, a parlé de «percée décisive» au sujet d’un accord possible le 18 mars.

Merkel gagne dans tous les cas

Depuis l’automne, les électeurs de la démocratie chrétienne se perdent en conjectures. Mais pour Andrea Römmele, politologue de la Hertie School of Governance, «Angela Merkel a trouvé son sujet. La Réunification était le thème d’Helmut Kohl, son thème à elle c’est la crise des réfugiés. Il faut bien voir qu’elle a trois mandats derrière elle. Elle n’a pas absolument besoin d’un quatrième mandat en 2017. Angela Merkel n’est plus dans la logique de la réélection. Elle est dans celle de l’héritage laissé à l’Histoire.»

Angela Merkel serait-elle menacée, à 18 mois des prochaines élections? «Je ne le crois pas, corrige Andrea Römmele. Un échec de la CDU dimanche pourrait même asseoir son pouvoir au sein du parti.» Les candidats chrétiens-démocrates Julia Klöckner et Guido Wolf ont en effet commis un impair qui pourrait rapporter gros à la cheffe du parti: celui de s’allier pour contester la ligne Merkel en réclamant des quotas de réfugiés, dont la cheffe du gouvernement ne veut pas entendre parler. «Il sera alors facile aux proches de Merkel de souligner qu’on se perd en déviant du cours imposé par la direction», poursuit la politologue. En clair, qui contesterait l’autorité de la chancelière le paierait cher dans les urnes. Angela Merkel n’a de toute façon aucun challenger de poids, au sein de son propre parti.

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