L’avenir de la révolte iranienne est-il aux mains de Barack Obama? On pourrait le penser, tant les Etats-Unis se disputent sur le rôle que doit adopter leur président face aux manifestations de Téhéran. Les images des événements iraniens sont diffusées en boucle sur les chaînes d’information américaines. Et les conservateurs ont sonné la charge contre un Barack Obama accusé d’abandonner «les idéaux de l’Amérique» en laissant tomber les manifestants de Téhéran afin de ne pas s’aliéner les mollahs. Le président des Etats-Unis a un peu musclé son discours au cours du week-end. Mais sa marge de manœuvre reste pour le moins étroite.

«Obama a toujours dit qu’il savait gérer la complexité. Maintenant, il est temps de le prouver.» Comme E. J. Dionne, éditorialiste au Washington Post, les observateurs de bonne foi reconnaissent que l’équation iranienne n’est pas simple. Grossièrement résumé, il s’agit pour Obama de choisir entre l’enclenchement éventuel d’un processus démocratique à Téhéran ou de futures négociations à propos du programme nucléaire iranien, cette priorité absolue pour les Etats-Unis qui a monopolisé jusqu’ici une grande partie des efforts de son administration. «Tendre la main» au régime iranien, quel qu’il soit, comme il l’a promis jusqu’ici, mais sans donner le sentiment de fermer son cœur à ceux qui risquent leur vie dans les rues au nom de la défense de la liberté.

Voulant s’en sortir par la franchise, le président expliquait la semaine dernière que, aux yeux des Etats-Unis, il n’y avait «pas beaucoup de différence» entre une victoire de Mahmoud Ahmadinejad ou de Mir Hossein Moussavi, deux hommes sortis du même sérail de la révolution islamique. «Dans tous les cas, disait-il, les Etats-Unis devront faire face à un régime iranien qui est historiquement hostile à l’Amérique.»

Léger changement de ton

Cette manière de sembler mettre sur le même plan les deux concurrents a provoqué la colère, feinte ou réelle, de l’opposition. «Je ne prône pas l’envoi d’armes, rétorquait le républicain John McCain. Mais l’Amérique a un rôle de leadership moral dans le monde.» Et celui qui, au cours de la campagne présidentielle, s’était laissé aller à chanter bomb, bomb, bomb Iran, d’ajouter: «Nous devons nous trouver du bon côté de l’Histoire.»

Semblant prendre la mesure de son impair, Barack Obama appelait samedi le gouvernement iranien à «arrêter les actions violentes et injustes contre son propre peuple». Mais malgré ce léger changement de ton, le dilemme, pour lui, reste le même: en plus de durcir le régime sur la question du nucléaire, un appui trop décidé à l’opposition signifie le risque de montrer celle-ci complice du «Grand Satan» et donc de la décrédibiliser en Iran même. A l’inverse, entreprendre à l’avenir des négociations à propos du nucléaire avec un Ahmadinejad proclamé vainqueur reviendrait à légitimer sa victoire aux dépens de l’opposition.

De fait, cette situation tiraillerait fortement l’administration Obama. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, notamment, semble pousser en faveur d’une réaction plus déterminée du président. Dans ce contexte, le départ annoncé de Dennis Ross, l’envoyé spécial chargé de l’Iran au sein du Département d’Etat, semble être le signe de divergences, même si sa portée est pour l’instant difficile à évaluer. Partisan déclaré de la «méthode dure» face à l’Iran, Dennis Ross n’en a pas moins été «promu» à la Maison-Blanche, où il devrait siéger au sein du Conseil national de sécurité. Cet ancien émissaire de Bill Clinton au Proche-Orient était en froid avec la femme de l’ex-président, sa patronne jusqu’ici, qu’il avait refusé de soutenir lors des primaires à l’élection présidentielle. Le fait qu’il s’approche ainsi du centre du pouvoir pourrait grandement déterminer la position de la Maison-Blanche si «le printemps de Téhéran» devait brutalement prendre fin.