Pour le moment, fidèle à elle-même, Angela Merkel s’est cantonnée à des déclarations générales sur le fait que les Grecs devaient «faire leurs devoirs». Un message entendu par Athènes qui a annoncé mercredi des mesures d’austérité supplémentaires. Celles-ci ont d’ailleurs été saluées par Berlin, le gouvernement allemand se montrant «convaincu» qu’elles aideront à rétablir la confiance.

La rencontre prévue vendredi entre le premier ministre grec Georges Papandréou et Mme Merkel «n’aura pas pour objet des promesses d’aides quelconques», en a profité pour glisser le porte-parole de la chancelière. Mais les investisseurs ne s’y trompent pas. Cette visite «pourrait être décisive», pour Ben May, analyste de Capital Economics. Les nouvelles mesures annoncées mercredi vont aider la Grèce à se refinancer à court terme, mais «le gouvernement va devoir lever beaucoup plus sur les marchés dans les mois à venir».

Tant que la confiance n’est pas entièrement rétablie, la question grecque continue donc à se poser avec insistance. Mardi soir la chancelière a réuni plusieurs membres de son gouvernement, comme c’est «tout le temps» le cas selon son porte-parole, pour évoquer la marche à suivre vis-à-vis de la Grèce, selon la presse.

L’Allemagne, très attachée à la stabilité financière, a plus encore que ses partenaires européens à cœur de préserver la monnaie unique, fragilisée par les spéculations autour de la Grèce. «Nous avons aussi beaucoup de banques allemandes engagées sur des obligations grecques», commentait le député conservateur Hans Michelbach, membre de la commission parlementaire des Finances. Et après la crise financière de l’automne 2008, ces banques ne peuvent pas risquer une nouvelle secousse.

Mme Merkel et son équipe, à qui la presse prête depuis des semaines des réflexions très concrètes sur des aides à la Grèce, ne peuvent pourtant pas ouvrir le robinet aussi simplement. D’une part parce que ce serait «ouvrir la boîte de Pandore» et réduirait les incitations pour d’autres à mettre de l’ordre dans leurs propres finances publiques, dit M. Michelbach. D’autre part parce que ce serait un suicide politique. «Je ne crois pas qu’Angela Merkel survivrait (politiquement) si elle virait tout simplement de l’argent à Athènes au lieu d’en donner à Hanovre ou Leipzig», a jugé mercredi Willem Buiter, économiste en chef de Citigroup, dans les colonnes du Handelsblatt.

Les Allemands rejettent à 80% une aide financière de l’Allemagne à la Grèce, révélait un sondage auprès de 73’000 personnes publié lundi par le quotidien populaire Bild. Lequel a d’ailleurs largement oeuvré pour un tel résultat, en stigmatisant sur des pages entières les Grecs qui «dilapident nos beaux euros», à coup de «grèves permanentes» et de «moralité douteuse».

Le parti libéral FDP, membre de la coalition de gouvernement, se pose lui aussi à tout bout de champ en défenseur de «l’argent du contribuable allemand». Il appelle les Grecs à «s’aider eux-mêmes», répétait le président de la commission parlementaire des Finances, Volker Wissing. «Nous voulons votre solidarité et votre soutien […], pas votre argent», rétorque dans une tribune à paraître dans l’hebdomadaire Stern jeudi le président du parlement grec, Philippos Petsalnikos.