Après le massacre de Houla, l’Amérique est parcourue par un doute, moral, politique et stratégique. Peut-on encore laisser longtemps le régime de Bachar el-Assad décimer la Syrie? L’épisode tragique de vendredi dernier rappelle les conseils qu’avait donnés le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel au président américain Bill Clinton en 1993. «Qu’avons-nous appris?» demandait-il à propos des crimes nazis. Un an plus tard, l’administration Clinton assistait, impuissante, au génocide rwandais. Aujourd’hui, Barack Obama condamne les atrocités commises par Damas. Il pousse les Etats-Unis à infléchir les positions russe et chinoise au Conseil de sécurité et à renforcer les sanctions contre le régime syrien. Mais pour l’instant, difficile d’aller au-delà.

Même si quelques faucons, comme John McCain, appellent à mener des frappes aériennes, républicains et démocrates se gardent d’avancer un plan d’action concret. Rival désormais officiel du président démocrate pour la présidentielle de novembre, Mitt Romney critique l’attentisme de la Maison-Blanche. Mais il n’a aucune solution tangible à proposer hormis d’armer l’opposition syrienne. Une option que Barack Obama écarte, car elle pourrait «créer davantage de chaos».

Le chef de l’état-major des armées, le général Dempsey, a bien évoqué dimanche qu’une intervention militaire en Syrie pouvait être envisagée. Le scénario paraît toutefois peu probable. A l’heure où les relations entre Moscou et Washington se tendent, il serait téméraire d’intervenir. L’acte équivaudrait à une confrontation digne de la Guerre froide avec la Russie dont Damas est le dernier allié moyen-oriental. Stratégiquement, l’Amérique de Barack Obama n’est pas près d’ouvrir la boîte de Pandore syrienne dans le jeu du Moyen-Orient. Dans le sillage des révoltes arabes, la région est en pleine tourmente. L’Egypte, qui fut longtemps un allié de l’Amérique, traverse une phase de déstabilisation inquiétante. Faire chuter le régime Assad est susceptible d’exacerber les tensions interconfessionnelles, notamment entre chiites et sunnites, au risque de provoquer des violences qui se propagent comme une traînée de poudre dans toute la région.

Equilibre difficile

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Barack Obama a approuvé un renforcement de la présence militaire en Afghanistan et donné son feu vert à une intensive guerre des drones dans les zones tribales du Pakistan et au Yémen. Confronté à une crise des finances (la dette américaine représente plus de 100% du PIB) et à un chômage élevé (8,1%), le président démocrate doit être responsable au plan intérieur en réduisant les dépenses tout en montrant qu’il assume son rôle de commandant en chef de l’armée. L’équilibre est difficile.

Barack Obama a ainsi plaidé pour le retrait rapide d’Irak et bientôt d’Afghanistan (2014), mais il n’hésite pas à utiliser la force quand cela est nécessaire. Cela doit toutefois se faire à distance (drones) et sans morts de soldats américains. Avec la Syrie, la «doctrine» Obama rend une intervention très compliquée et les bénéfices électoraux d’une offensive contre Damas seraient très aléatoires. Pour Aram Nerguizian, chercheur au Center for Strategic and International Studies à Washington, une intervention américaine pourrait modifier la donne entre l’Iran et les pays du Golfe. «Et les mauvais calculs de la part des monarchies du Golfe ne sont pas exclus.» Aram Nerguizian relève que pour l’heure les Etats-Unis mènent une «politique à petit feu» sachant que le conflit syrien «est une affaire de long terme».