Quel que soit le résultat définitif des élections, l'irruption du Hamas dans le jeu politique palestinien place les Européens face à des dilemmes difficiles à trancher. Soumis à une forte pression américaine, Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, l'a répété sur tous les tons: «Une victoire du Hamas aux élections serait problématique pour l'Union. Le Hamas doit désarmer et reconnaître Israël», a-t-il insisté.

Ces déclarations ont provoqué un certain émoi chez les coopérants internationaux qui travaillent à Jérusalem. Car, en vérité, cela fait des mois que la montée en puissance du mouvement radical est entrée dans les faits en Cisjordanie et à Gaza. Dans les villes de Qalqilya, Jénine ou El-Bireh, le Hamas a conquis les mairies lors des dernières élections municipales. Or, c'est au niveau local que passe une bonne partie de l'aide internationale, dont l'Union européenne est le principal fournisseur avec 500 millions d'euros par an.

Hasham el-Masri est devenu il y a huit mois le premier maire Hamas des territoires palestiniens. Homme mesuré et courtois, il explique, dans son bureau de Qalqilya, dans le nord de la Cisjordanie: «Nous avons reçu des visiteurs ou signé des contrats avec la Belgique, la France, l'Italie, l'Espagne, le Danemark... En fait, tous les pays sont venus nous voir pour travailler avec nous. Tous, sauf un: les Etats-Unis.» Or le travail ne manque pas: depuis que le Hamas est arrivé à la mairie, il a engagé des travaux tous azimuts, comme la construction de routes et d'écoles, ou encore d'un musée d'histoire naturelle. Les fonds proviennent surtout des économies que la mairie a réalisées en adoptant, à tous les niveaux, des méthodes de gestion plus efficaces.

Le Hamas est responsable de la plupart des attentats qui ont ensanglanté Israël ces dernières années. Il a été placé, il y a deux ans, sur la liste des organisations terroristes par l'UE. Mais en fait, les discussions n'ont jamais été réellement interrompues sur le terrain. «Quelle serait l'utilité de couper ces contacts? De mettre en péril nos propres projets de développement? De punir tous les Palestiniens?» s'interroge en privé un diplomate occidental. Il poursuit: «Cela ne ferait qu'aggraver la situation et radicaliser encore les opinions. Les Israéliens sont les premiers à comprendre qu'un arrêt de l'aide signifierait s'engager dans une spirale absurde.»

Et la Suisse, où se place-t-elle face à ce dilemme? A Jérusalem, Mario Carrera, responsable du bureau de la DDC, rappelle les principes qui guident la coopération: «Historiquement, les projets que nous soutenons sont plutôt de l'ordre du «software» que du «hardware». En clair, l'argent de la Confédération est plutôt utilisé dans les programmes d'aide à la formation ou à la reconversion. La Suisse est aussi un important contributeur de l'UNRWA, l'agence de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens, ou encore du CICR dans les Territoires palestiniens.

- Selon un sondage au sortir des urnes, le Fatah recueillerait 42% des votes et le Hamas 35%.