Brésil

Dilma Rousseff rattrapée par la justice

Soupçonnée d'obstruction à la justice, Dilma Rousseff a clamé son innocence dans une lettre ouverte aux Brésiliens, mardi. Cette décision intervient à quelques jours de sa probable destitution par le Sénat

La trêve olympique aura été courte pour la présidente brésilienne suspendue. Le Tribunal suprême fédéral (STF) a autorisé mardi une enquête pour entrave à la justice contre Dilma Rousseff.

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Cette décision est intervenue quelques heures après une intervention solennelle de Dilma Rousseff clamant son innocence dans le cadre de la procédure de destitution la visant pour de présumés maquillages de comptes publics.

L'horizon s'assombrit pour Dilma Rousseff

La plus haute juridiction du Brésil a autorisé le parquet à enquêter pour déterminer si Dilma Rousseff a tenté de faire obstacle aux investigations contre son mentor et prédécesseur, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, dans le cadre du scandale de corruption Petrobras, en le nommant ministre dans son gouvernement en mars dernier.

L'ouverture d'une enquête est importante pour élucider les faits et montrer qu'il n'y a pas eu, à un seul moment, obstruction à la justice

L'ouverture de ce front judiciaire plombe un peu plus l'horizon déjà très sombre de Dilma Rousseff, dont le procès en destitution s'ouvrira au Sénat le 25 août, quatre jours après la clôture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, avec une décision finale attendue environ cinq jours plus tard.

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«L'ouverture d'une enquête est importante pour élucider les faits et montrer qu'il n'y a pas eu, à un seul moment, obstruction à la justice», a déclaré à l'AFP un porte-parole de Dilma Rousseff.

Selon les quotidiens O Globo, Folha de Sao Paolo, O Estado de Sao Paulo et Valor, outre la présidente brésilienne, l'enquête pour obstruction de la justice visera aussi l'ex-président Lula (2003-2010) et plusieurs anciens ministres du gouvernement Rousseff.

Le 16 mars dernier, Dilma Rousseff avait nommé Lula chef de cabinet, alors que celui-ci risquait une mise en examen et un éventuel placement en détention par le juge Sergio Moro, chargé de l'enquête sur le scandale Petrobras.

Le soir même de la nomination de Lula, par la suite paralysée par la justice, le juge Moro avait divulgué l'enregistrement d'une conversation téléphonique renforçant les soupçons d'une manoeuvre pour protéger Lula. La présidente y disait à Lula qu'elle lui faisait parvenir immédiatement son décret de nomination pour qu'il s'en serve «en cas de nécessité».

La présidente dénonce un coup d'état

La fuite de la décision du STF a pollué la communication de la présidente, qui avait lu plus tôt une lettre solennelle au peuple brésilien et aux sénateurs, dans laquelle elle clamait son innocence, demandait à d'être réintégrée dans ses fonctions et proposait des élections anticipées pour régler la grave crise politique brésilienne.

«Le Sénat doit mettre fin à la procédure de destitution, en reconnaissant, face aux preuves irréfutables (...) que je suis innocente», a déclaré Dilma Rousseff dans ce message filmé et posté sur les réseaux sociaux.

Si l'impeachment passe (...) nous serons face à un Coup d'État

«Si l'impeachment passe (...) nous serons face à un Coup d'État», ajoute-t-elle, se disant convaincue de la «nécessité de convoquer un référendum pour consulter le peuple sur la possibilité d'élections anticipées».

La Constitution brésilienne ne prévoit pas la possibilité d'élections anticipées en cours de mandat. Il faudrait donc pour les rendre possibles qu'un amendement à la Constitution soit adopté par les deux tiers du Parlement.

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La présidente est accusée d'avoir maquillé les comptes publics et d'avoir signé des décrets engageant des dépenses non prévues au budget sans avoir demandé au préalable l'accord du Parlement, une pratique à laquelle ses prédécesseurs avaient largement eu recours.

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