BRÉSIL

Dilma Vana Rousseff, une destitution au goût amer

La présidente a été définitivement démise par une majorité de sénateurs. La jeune démocratie brésilienne ne sort pas grandie par cette procédure très contestée

La rupture est consommée. Dilma Vana Rousseff (Parti des travailleurs, PT) n’est plus la présidente du Brésil. Par 60 voix contre 21, le Sénat a voté pour sa destitution définitive, un an et dix mois après sa réélection, en principe pour un second mandat de quatre ans.

La première femme à gouverner le Brésil a été reconnue coupable de «crime de responsabilité», pour avoir engagé des dépenses sans aval parlementaire et maquillé les comptes publics pour masquer l’ampleur des déficits. Dans leur grande mansuétude, ses juges lui ont cependant maintenu ses droits politiques.

La jeune démocratie brésilienne ne sort pas grandie de cette procédure très contestée. Dilma Vana Rousseff est le second chef d’Etat destitué depuis le retour au suffrage universel, en 1989, après 21 ans de dictature. «L’histoire n’épargnera pas les sénateurs qui se sont rendus complices de cette farce», fulmine une sympathisante. L’intéressée, elle, serait «soulagée».

Face à ses juges durant onze heures

Sa belle prestation, lundi, devant le Sénat – qu’elle avait courageusement choisi d’affronter, alors même que sa présence n’était pas obligatoire –, n’aura été qu’un baroud d’honneur, pour la postérité. Plus de onze heures durant, elle avait répondu aux questions de ses «juges», se défendant de toute irrégularité. En mettant en garde contre un «coup d’Etat» au cas où «une innocente était condamnée», Dilma Vana Rousseff avait même paru, note un éditorialiste, «intimider» ses adversaires.

Mais c’était déjà trop tard, aurait lâché Lula, son mentor et prédécesseur. Suspendue depuis le 12 mai, l’ex-présidente n’aurait pas su mettre ce temps à profit pour convaincre les sénateurs indécis de la ramener au pouvoir. Si tant est que son sort n’était pas scellé d’avance, comme elle le dit.

Ironie du sort: alors qu’un bon tiers des sénateurs est accusé ou soupçonné de pratiques délictueuses, Dilma Vana Rousseff, elle, n’a pas été condamnée pour corruption mais pour des acrobaties comptables employées impunément par ses prédécesseurs. D’où le sentiment d’injustice.

Une présidente esseulée

Pour de nombreux sénateurs, cependant, l’impeachment était une manière indirecte de retirer la confiance à la cheffe de l’Etat, accusée d’avoir plongé l’économie dans une récession sans précédent. Ils l’accusent d’avoir caché la réelle situation des finances publiques aux Brésiliens pour se faire réélire, fin 2014, avant d’imposer au pays un douloureux ajustement budgétaire qui a encore aggravé le marasme.

D’autres se sont sentis menacés par la lutte contre la corruption que la présidente de gauche se prévaut de ne pas avoir tenté d’entraver. Le PT lui-même l’a abandonnée, en abandonnant sa principale carte pour sauver son mandat: consulter la population sur l’anticipation de la présidentielle. Cette concession était exigée par des sénateurs pour la blanchir. Mais le parti de Lula l’a jugée impraticable puisqu’elle suppose aussi la démission du vice-président Michel Temer, qui n’en a aucune intention.

Le PT a déjà tourné la page Dilma Vana Rousseff et revient dans l’opposition pour tenter de rebondir au scrutin de 2018. Ainsi se referme la parenthèse des treize années de pouvoir de la gauche, arrivée à la tête du Brésil avec l’élection triomphale de Lula, fin 2002.

Les Brésiliens divisés

En tirant 35 millions de Brésiliens de la pauvreté, le PT semblait avoir réussi. Mais au retournement de conjoncture sont venues s’ajouter les affaires dans lesquelles le parti, autrefois parangon de l’honnêteté, a trempé. La droite qui ne lui a jamais pardonné son arrivée au pouvoir s’est engouffrée dans la brèche. La cheffe de l’Etat déchue accuse aussi son vice-président de l’avoir trahie, conspirant contre elle pour la renverser.

Si cette dernière phase de son procès s’est déroulée dans une relative apathie de la rue, le ressentiment de la gauche est réel. En 1992, l’impeachment visant Fernando Collor de Mello, alors accusé de malversations, avait uni les Brésiliens. La destitution, contestée, de Dilma Vana Rousseff, condamnée à une peine disproportionnée, divise au contraire la population. Pour Michel Temer, pacifier le pays ne sera pas aisé.


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