Yasser Arafat est-il toujours «hors jeu»? Depuis une semaine que le premier ministre israélien Ariel Sharon a mis en quarantaine le président de l'Autorité palestinienne, on a rarement autant entendu parler de ce dernier. Arafat a beau être toujours enfermé dans ses bureaux de Ramallah, ses proches veulent croire que leur chef a réussi une fois de plus à prouver au monde sa nécessité.

Après avoir passé quelques jours reclus comme un pestiféré, Arafat reçoit en effet à nouveau les diplomates étrangers, qui se bousculent presque pour faire le voyage à Ramallah. Son discours samedi dernier, dans lequel il exigeait notamment la fin des attentats terroristes, a satisfait les Européens, et particulièrement la France qui a pris la tête de la campagne de réhabilitation du «raïs». Lundi, Jacques Chirac appelait Ariel Sharon pour lui rappeler qu'aux yeux de l'Union européenne Arafat reste «le représentant légitime» des Palestiniens.

Des responsables de l'armée israélienne reconnaissaient hier qu'ils voyaient se fermer «la fenêtre d'opportunité» qui leur permet de laminer l'Autorité palestinienne sans provoquer la plus petite réaction internationale. «Nous allons adapter nos opérations, les rendre plus ponctuelles et moins bruyantes», expliquait une source militaire dans la presse israélienne.

Apparemment, c'est à regret que les Forces de défense israéliennes (IDF) ont consenti à revoir ainsi leurs objectifs à la baisse. Devant des gradés, le chef d'état-major Shaul Mofaz rappelait hier que, d'un point de vue militaire, l'objectif restait de «mettre fin à l'ère d'Arafat» aussi vite que possible. Un autre officier, non nommé, regrettait aussi dans le journal Maariv qu'Israël «n'ait pas saisi sa chance pour frapper l'infrastructure terroriste au sein de l'Autorité palestinienne».

C'est à la suite d'une vague d'attentats à travers le pays que l'armée a entamé ces représailles violentes. Hier étaient rendues publiques les nouvelles règles d'engagement utilisées ces derniers jours par l'armée, autorisée à tirer sur tout Palestinien armé, y compris les policiers de l'Autorité qui paraissent «suspects». Le soir, des chars d'assaut israéliens sont une nouvelle fois entrés dans une zone de Cisjordanie sous contrôle théorique palestinien.

Sentant la pression internationale se diriger à nouveau sur lui, même légèrement, Ariel Sharon n'a pas expliqué jusqu'ici en détail les conséquences qu'entraîne, à ses yeux, le fait qu'Arafat ait été déclaré «hors jeu». Rendant sa position plus étrange encore, son ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, déclarait hier qu'il avait toujours continué à entretenir des contacts avec des très proches collaborateurs du président palestinien. Un aveu qui, à première vue, place Peres en porte-à-faux avec d'autres membres du même cabinet d'unité nationale. A l'instar du ministre du Tourisme, Benjamin Elon, qui prévoyait, à la radio, l'expulsion de tous les Palestiniens en cas de poursuite des actes terroristes. «Ils doivent savoir que s'ils perdent la guerre ils seront expulsés d'ici, tous, purement et simplement.»