«Vous pouvez établir le plus beau et le plus intelligent plan de paix. Mais cela ne sert à rien si vous ne vous mettez pas à la même table avec les gens, cela même dans les cas de groupes tels que l’Etat islamique», déclare le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un entretien publié dans l’hebdomadaire alémanique «Ostschweiz am Sonntag».

Rester fiable réclame des compétences de haut niveau de la part du personnel du CICR. «C’est la partie la plus importante de notre travail. Notre fragilité est aussi notre force», résume Yves Daccord qui ne cache pas les risques. «Nous sommes extrêmement attentifs. Mais il n’existe naturellement aucune certitude absolue».

Dans le cas des djihadistes de l’EI, il y a une escalade de la violence, laquelle l’inquiète. Cependant le dialogue est essentiel, souligne le directeur général du CICR.

L’organisation a travaillé en collaboration avec de nombreux gouvernements dans le monde qui ne respectent pas toutes les règles du droit international humanitaire. «Si nous ne devions collaborer qu’avec ceux qui s’y conforment, nous devrions retirer beaucoup de nos délégations.»

Zone de conflit

«Nous tentons d’établir un contact au plus haut niveau de l’EI, dans l’entourage de son chef Abou Bakr al-Baghdadi», explique M. Daccord. Il signale que beaucoup de gens dans les échelons inférieurs de l’organisation s’occupent par exemple de l’approvisionnement de la population en eau et nourriture. «Avec eux nous pouvons entamer un dialogue».

Il rappelle que le travail en zone de conflit est «très difficile» et que de bonnes connaissances des lieux et de ses habitants constituent un avantage. Le CICR est actif en Irak depuis 1980.

Beaucoup de patience

«Nous y avons établi de nombreux contacts avec lesquels nous pouvons développer» l’engagement du CICR. L’organisation peut ainsi apporter son aide et négocier avec toutes les parties, même en cas de guerre civile.

Contrairement aux villes syriennes d’Alep et de Homs, où les Suisses sont aussi engagés, le CICR n’a plus d’équipe fixe en Irak. Cela reste toutefois un objectif, indique Yves Daccord. Cela réclame du temps. «Nous avons dû négocier deux ans et demi à Alep avant de pouvoir installer un un bureau fixe.»