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L’Australien Francis Gurry, directeur de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.
© Martial Trezzini/Keystone

Genève internationale

Le directeur d’une organisation internationale sort l’artillerie lourde contre un journaliste

Francis Gurry, le directeur de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, a déposé plainte contre un journaliste, qui a relayé des accusations de corruption. L’avocat du journaliste dénonce l’attitude de la Suisse dans cette affaire

Le directeur de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), puissante institution basée à Genève, ne supporte plus les accusations inlassablement portées contre lui. Il a déposé une plainte pénale contre un journaliste anglophone travaillant au bout du lac, a appris «Le Temps».

L’article incriminé est bref. Il traite d’une manifestation qui a eu lieu le 25 janvier dernier sur la place des Nations, sous les fenêtres de l’OMPI. Certains employés avaient alors réclamé la démission du directeur australien. Le journaliste avait notamment écrit que Francis Gurry était accusé d’avoir «pris de l’argent» et de «harceler les employés» de l’OMPI. L’article vient d’être retiré du site de World Radio Switzerland, radio anglophone écoutée par les expatriés à Genève.

«Rien de diffamatoire»

L’avocat du journaliste, Matthew Parish, qui défend plusieurs anciens employés de l’OMPI et qui a témoigné devant le Congrès américain contre le directeur australien, tombe des nues. «L’article incriminé n’a rien de diffamatoire. Il ne fait que reprendre des allégations déjà proférées contre Francis Gurry», explique-t-il.

Lire aussi: Petites affaires entre amis à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle

Depuis son entrée en fonction en 2008, Francis Gurry est l’objet d’accusations récurrentes sur fond de lutte de pouvoir au sein de cette organisation stratégique chargée d’administrer les brevets et les marques au niveau international. Il est aussi dans le viseur du Congrès américain pour avoir permis le transfert de matériel informatique à la Corée du Nord il y a plusieurs années.

En octobre dernier, les Etats membres de l’OMPI ont décidé de passer l’éponge sur les agissements du directeur. Même s’il avait indûment favorisé l’entreprise d’une connaissance dans un appel d’offres. Mais l’organe de contrôle interne de l’ONU (OIOS), qui avait diligenté l’enquête disciplinaire, n’a trouvé aucune preuve d’enrichissement personnel de la part de l’Australien. De même, Francis Gurry a été blanchi concernant d’autres accusations, notamment une affaire de prélèvement frauduleux d’ADN. Dans cette affaire, l’OIOS a regretté le manque de coopération des autorités suisses.

Lire aussi: «Quand la Suisse oublie de répondre aux enquêteurs de l’ONU»

Procédure rare

Le journaliste a été interrogé mardi par la police genevoise «pendant deux heures et demie», relate Matthew Parish. L’avocat dénonce aussi l’attitude de la Suisse, qui a facilité la transmission de la plainte à la justice genevoise. «Une telle plainte pénale, pour délits contre l’honneur et calomnie, est exceptionnelle. Le prévenu risque jusqu’à trois ans de prison. Il y a d’autres moyens de régler un différend avec un média. L’ouverture d’une telle procédure n’aurait jamais été possible ailleurs qu’à Genève, où Francis Gurry dispose d’une grande influence», continue Matthew Parish.

La mission diplomatique suisse auprès de l’ONU se défend de tout excès de zèle dans cette affaire. «Nous n’avons aucunement facilité le dépôt de la plainte de l’OMPI, répond la mission suisse. Nous nous sommes limités à la transmettre au Ministère public par le canal diplomatique. La Suisse n’a pas à se prononcer sur le bien-fondé d’une décision prise par une organisation internationale.» L’OMPI, pour sa part, déclare que «l’affaire est désormais en mains de la justice genevoise» et qu’elle n’a pas de commentaire supplémentaire à faire.

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