Une partie de la communauté chiite en Irak, qui avait accueilli avec soulagement, il y a tout juste un an, l'invasion conduite par les Américains, a basculé dimanche dans l'action violente contre la coalition dans plusieurs villes du pays. Une journée de protestation organisée par les partisans du dirigeant le plus radical de cette communauté majoritaire en Irak, Moqtada Sadr, a tourné au bain de sang dans la ville sainte de Najaf, où au moins 20 Irakiens, dont deux policiers, et entre un et quatre soldats salvadoriens ont été tués dans des affrontements près de la base espagnole.

Ces événements ont conduit le plus haut dignitaire chiite irakien, le grand ayatollah Ali Sistani, à lancer un appel au calme. «L'ayatollah a appelé les manifestants (chiites) à garder leur calme et leur sang-froid, et à laisser le problème se résoudre par la négociation», a affirmé l'un de ses proches.

La manifestation de Najaf a fait également plus de 200 blessés irakiens et neuf Salvadoriens. «Nous marchions pacifiquement puis, en arrivant devant la base, des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les Espagnols, qui ont tiré en l'air et jeté des grenades assourdissantes», a raconté un manifestant, Hussein Ali, 21 ans.

«Des manifestants, qui étaient armés, ont tiré sur des soldats espagnols, qui ont riposté en tirant sur la foule», a-t-il ajouté.

«La base espagnole Andalous a été attaquée vers midi. Les assaillants ont tiré sur nos soldats qui ont riposté en respectant les règles de procédure», a indiqué pour sa part à l'AFP le commandant Carlos Harradon, porte-parole de la brigade multilatérale Ultra Plus, dirigée par les Espagnols, mais qui comprend aussi des soldats hispanophones du Salvador, du Honduras et de la République dominicaine.

L'arrestation samedi du chef du bureau de Moqtada Sadr à Najaf, Moustafa Yaacoubi, a mis le feu aux poudres, alors que la tension était déjà grande. Les accrochages se sont accompagnés de la prise de bâtiments publics dans plusieurs cités. Selon le porte-parole espagnol, les partisans de Sadr ont encerclé le siège du gouvernorat à Najaf puis celui des forces irakiennes de défense civile (ICDC, auxiliaire de l'armée) gardés par des soldats salvadoriens. Ils ont également pris le contrôle de tous les bâtiments de Koufa, où leur chef se trouve dans une mosquée. La violence s'est étendue à d'autres villes. A Amara, trois Irakiens ont été tués et huit blessés dans des affrontements entre les partisans de Sadr et les forces britanniques.

A Sadr City, un quartier chiite de Bagdad, des accrochages armés se sont produits avec les forces américaines, faisant dix blessés. Les chiites ont pris trois postes de police. Par ailleurs, un Humvee a été totalement détruit et un autre véhicule militaire américain touché dans le quartier Al-Dakhel de Sadr City, selon un photographe de l'AFP. Deux fortes explosions ont été entendues dans cette banlieue chiite où des échanges de tirs ont eu lieu entre les troupes américaines et les miliciens de l'armée du Mehdi dans le Souk Mreidi et le quartier al-Dakhel.

Dimanche soir, Moqtada Sadr a appelé ses partisans à «terroriser leurs ennemis» car les manifestations sont devenues, selon lui, «inutiles», après les affrontements. «Je vous demande de ne plus manifester car les manifestations sont devenues inutiles, à partir du moment où votre ennemi aime terroriser, faire taire les opinions et méprise les peuples», a-t-il déclaré dans un communiqué à Koufa.

Ces actions violentes, menées par une partie de cette communauté sous le double effet de la frustration politique et de la détérioration de ses conditions de vie, ont été condamnées par le président en exercice du Conseil de gouvernement transitoire irakien, Massoud Barzani. «Les Irakiens ont le droit d'exprimer leurs opinions d'une manière pacifique et cela fait partie de la démocratie, mais le recours à la violence est à proscrire et tout le peuple irakien le rejette», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, l'armée américaine a annoncé que deux Marines avaient été tués dans deux attaques de la guérilla dans l'ouest de l'Irak. En outre, cinq Irakiens et deux soldats américains ont été blessés dans l'explosion de deux voitures piégées dimanche après-midi dans le centre de la ville pétrolière de Kirkouk (nord), selon la police. C'est donc sur fond d'emballement de la violence que l'émissaire spécial de l'ONU pour l'Irak, Lakhdar Brahimi, est arrivé dimanche soir à Bagdad.