> Cinquante ans d’indépendance

«Pas de bonne gouvernance cette année», titre La Nouvelle Tribune au Bénin. La Fondation Mo Ibrahim, qui récompense chaque année depuis 2007 les anciens chefs d’Etat les plus honnêtes, n’a trouvé personne. Se fatiguerait-on, en Afrique, de l’expérience démocratique? Dans les années 1960, clientélisme, corruption et abus de pouvoir inquiétaient déjà les observateurs. Aujourd’hui, les classements de Transparency International montrent que les 17 oscillent entre la 79e place (Burkina Faso) et la dernière (Somalie).

En 1989, les partis d’opposition sont illégaux dans 39 pays d’Afrique. Jean-François Bayart, politologue français, dénonce la «politique du ventre»: on est au pouvoir pour se servir. En 30 ans, sur 153 chefs exécutifs, seulement 10 ont quitté leur fonction de leur gré. La fin de la Guerre froide, la mort de plusieurs grands dictateurs, des structures étatiques affaiblies par des programmes néolibéraux et par des pressions internes semblent annoncer une vague démocratique. Les constitutions changent, des élections sont organisées à travers le continent. Les changements sont très rapides, l’ambiance à la fête.

Mais les forces autoritaires ne disparaissent pas, élection ne signifie pas démocratie. Les transitions, se dit-on, prendront du temps. Aujourd’hui, on attend encore. Le contexte a changé. La Chine, le désormais plus grand partenaire économique du continent, ferme les yeux sur les «problèmes internes». En attendant le vote des bêtes sauvages, le roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma qui dénonçait en 1998 les abus des «dinosaures» africains, reste d’actualité. Blaise Compaoré, au Burkina, est au pouvoir depuis 23 ans. Idriss Déby, Tchad, 19. Paul Biya, Cameroun, 28. La famille Eyadema, au Togo, depuis 43 ans. Les Bongo, au Gabon, aussi.