«Non c'est non et la décision est irrémédiable!» Dans l'entourage d'Ariel Sharon, on confirme que le premier ministre israélien ne lèvera pas l'interdiction faite à plusieurs personnalités palestiniennes de participer, à partir de ce mardi à la Conférence de Londres consacrée aux réformes de l'Autorité palestinienne (AP). Organisée par la Grande-Bretagne avec le soutien du Quartet (Nations unies, Etats-Unis, Russie et Union européenne) ainsi que de l'Egypte, de l'Arabie saoudite et de la Jordanie, cette rencontre internationale demandée en son temps par Ariel Sharon est censée étudier les moyens de rendre l'Autorité plus efficiente. Et plus transparente. Outre l'envoyé spécial américain pour l'Asie du Sud-Est, Willam Burns, le ministre grec des Affaires étrangères, Georges Papandréou (représentant l'Union européenne), l'émissaire spécial de l'ONU pour le Proche-Orient, Terje Larsen, ainsi que le chef des renseignements égyptiens, Omar Suleiman, cet événement devait également accueillir le ministre palestinien de la Coopération internationale, Saeb Erekat, ainsi que ses collègues Nabil Chaat (Coopération régionale), Salam Fayed (Finances) et Yasser Abed Rabo (Information).

Or, dans le cadre des sanctions contre l'AP décrétées par l'Etat hébreu à la suite du double attentat -suicide du 5 janvier à Tel-Aviv (23 morts, 120 blessés), Ariel Sharon a interdit aux responsables palestiniens de quitter la Cisjordanie (placée sous régime de couvre-feu général depuis hier) ainsi que la bande de Gaza. Certes, depuis lors, la plupart des pays européens ont exercé des pressions continues sur le gouvernement israélien afin qu'il assouplisse sa position. Dimanche, relayant l'appel lancé au lendemain de l'attentat par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jacques Straw, l'ambassadeur britannique Sherard Cowper-Coles s'est d'ailleurs rendu chez le premier ministre israélien muni d'une lettre de Tony Blair demandant à l'homme fort de l'Etat hébreu de laisser les représentants palestiniens s'envoler vers Londres. Mais cette démarche s'est également soldée par un échec. Car à deux semaines du scrutin du 28 janvier, Ariel Sharon doit se montrer intraitable. C'est le seul moyen qui lui reste pour regagner des points dans l'opinion publique alors que les révélations sur les scandales couvant au sein du Likoud (son parti) et sur les étranges activités financières de ses deux fils se poursuivent jour après jour.

Paradoxe de Sharon

Paradoxalement, la réforme en profondeur du fonctionnement de l'AP ainsi qu'un meilleur contrôle de l'utilisation de ses ressources sont deux conditions posées depuis dix mois par l'Etat hébreu pour envisager, à terme, de reprendre le dialogue avec les Palestiniens. Au printemps dernier, lorsqu'il a proclamé Yasser Arafat «définitivement hors jeu», Sharon, soutenu par George Bush, a également exigé la mise en place d'un nouveau gouvernement palestinien, ce qui a d'ailleurs été fait quelques semaines plus tard. Mais le chef du gouvernement israélien a également promis de continuer à discuter avec des émissaires palestiniens «modérés». Or, ceux qu'il empêche de se rendre à Londres font précisément partie de cette mouvance-là. Ce qui explique pourquoi ceux-ci font aussi l'objet de critiques – voire de menaces de morts – émanant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (l'aile la plus extrémiste du Fatah, le parti d'Arafat) ainsi que du Hamas et du Djihad islamique qui veulent, eux, «poursuivre l'intifada jusqu'à la libération totale de la Palestine de toute présence juive».

Faute de mieux, les invités palestiniens à la Conférence de Londres participeront aux débats par téléphone à partir de Ramallah. Mais la portée de cette rencontre qui devait représenter une avancée vers la reprise du dialogue entre les deux camps en est fortement amoindrie. Pour la plupart des commentateurs, le fait que des délégués de l'Autorité ne puissent prendre part à un événement qui les concerne pourtant au premier plan lui enlève en effet l'essentiel de son intérêt.