Il a promis «l’apocalypse», note un éditorial du «Washington Post» si l’Amérique continue sur le même chemin. Jeudi soir, dans son discours d’investiture concluant quatre jours de convention républicaine à Cleveland en Ohio, Donald Trump a brossé un portrait catastrophiste des Etats-Unis et promis de restaurer l’ordre pendant une heure et quart devant une salle chauffée à bloc.

Il faut remonter à Richard Nixon et à George Wallace en 1968 pour retrouver une allocution décrivant une nation de façon aussi sombre et dramatique. Mais le milliardaire est allé même plus loin dépeignant une réalité qui ne semble exister que dans la tête du candidat républicain à la présidentielle du 8 novembre.

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Politique autoritaire

Les mots ont des conséquences. Donald Trump a tiré toutes les ficelles du populisme, attisant la peur et la colère d’un pays dans lequel 17% de citoyens se disent satisfaits de l’état de la nation, selon un récent sondage Gallup. «Les attaques contre notre police et le terrorisme qui sévit dans nos villes menacent notre mode de vie. […] Tout homme politique qui ne saisit pas ce danger n’est pas prêt à diriger notre pays.» A croire le milliardaire new-yorkais, les Etats-Unis sont un pays où «la violence sévit dans les rues et le chaos s’instaure dans nos communautés.»

Se présentant comme la seule personne capable de restaurer un pays au bord de l’abysse, Donald Trump a laissé transparaître la volonté de mener une politique autoritaire, rappelant à plusieurs reprises sa détermination à restaurer l’ordre dès son arrivée à la Maison-Blanche. Dans un Etat fédéral comme l’Amérique, ses promesses n’auront que peu d’emprise sur la réalité tant les corps de police du pays sont organisés par les Etats eux-mêmes et non par Washington.

Pari risqué

L’homme d’affaires new-yorkais, qui n’a finalement que très peu dévié du texte qui défilait sur son téléprompteur et dont une version a été publiée par le site Politico quelques heures avant en raison d’une fuite orchestrée par des journalistes qui en avaient une copie sous embargo, a fait un pari risqué. En dramatisant l’état réel du pays, il pourrait s’aliéner les indépendants effrayés par des propos aussi simplistes faisant fi de la complexité des questions migratoires, raciales et économiques. Donald Trump a promis de mettre fin aux traités multilatéraux de libre-échange et de ne conclure que des accords bilatéraux dans des termes plus favorables à l’Amérique.

Nous allons construire un grand mur à la frontière pour empêcher l’immigration illégale, les gangs, la violence et le déversement de drogue dans nos communautés.

En matière d’immigration, un thème central de la campagne électorale, il a renouvelé sa rhétorique incendiaire et répété la nécessité de construire un mur. Il a parlé de flux massifs de clandestins vers les Etats-Unis alors que le solde migratoire s’est fortement tari jusqu’à être négatif. «Nous allons construire un grand mur à la frontière pour empêcher l’immigration illégale, les gangs, la violence et le déversement de drogue dans nos communautés», a-t-il déclaré. Il a relevé que dans près de cinquante villes d’Amérique, la criminalité a explosé alors qu’elle demeure toujours, à de rares exceptions, la plus basse depuis près de deux décennies. La réalité ne convient pas à Donald Trump, il en invente une qui corresponde à ce qu’il veut «vendre» au peuple américain.

Un pays assiégé, selon Donald Trump

Le candidat républicain s’est aussi aventuré sur le terrain racial en accusant le président américain Barack Obama d’avoir divisé le pays en fonction de la race et de la couleur des citoyens. Portant la colère sur son visage, en sueur après 75 minutes de discours, Donald Trump a présenté l’Amérique comme un pays assiégé, menacé par le «terrorisme islamique» qui sévit dans le monde et qui touche les Etats-Unis de plein fouet.

«L’américanisme et non la globalisation seront notre credo», a-t-il martelé avant de préciser qu’il allait rompre l’accord de libre-échange «désastreux» conclu par le président Bill Clinton en 1993 avec le Canada et le Mexique et bien sûr déchirer l’accord sur le Partenariat transpacifique conclu par l’administration de Barack Obama. Il rompt ainsi avec une longue tradition républicaine favorable au libre-échange. Son discours décliniste est aux antipodes de l’optimisme véhiculé par Ronald Reagan au cours de sa campagne électorale et durant sa présidence.

La menace brandie par Donald Trump a plusieurs visages: les ennemis de l’Amérique comme la Chine, l’Etat islamique et… Hillary Clinton qu’il a qualifiée de «marionnette» de Wall Street, des médias et des grands bailleurs de fonds. Pendant ce temps, à trois cents mètres du centre de convention, des anti-Trump ont manifesté en masse contre ce qu’ils considèrent comme le «candidat de la haine». Encadrés par un dispositif policier sans précédent, ils ont exprimé des messages de solidarité et de tolérance.


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