Pour son premier discours sur l'état de l'Union, devant le Congrès réuni, Donald Trump est resté plutôt consensuel, sans se priver de certaines piques contre les «régimes voyous». Sécurité de l'emploi, lutte contre l'immigration clandestine, investissements dans les infrastructures, nécessité de renforcer la défense et de consolider l'arsenal nucléaire: le président, qui vient d'achever une première année au pouvoir difficile, a égrené ses axes habituels, fidèle à sa maxime protectionniste «America First» et à son prompteur. Les élans patriotiques, pour bâtir une Amérique «sûre, forte et fière», étaient marqués. Son discours est resté relativement creux, sans engagements, ni vista politique.

Pas perdre la face

Donald Trump s'est en fait surtout lancé des fleurs et s'est autocongratulé quant à la bonne santé économique du pays. Sur le front de l'immigration, il a rappelé le «deal» qu'il tente de faire passer au Congrès: 25 milliards de dollars pour la construction du mur entre les Etats-Unis et le Mexique, assortie d'autres mesures pour lutter contre la migration illégale et sécuriser les frontières, contre la possible régularisation et naturalisation de près de 1,8 million de clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis. L'arrangement aura de la peine à passer tel quel au Congrès. Mais Donald Trump, qui a fait du mur une de ses principales promesses de campagne, ne veut pas perdre la face.

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Il s'est d'ailleurs fait huer en insinuant que des clandestins viennent «prendre le travail des Américains les plus pauvres» et commettre des crimes. «Pendant des décennies, les frontières ouvertes ont permis à la drogue et aux gangs de déferler sur nos communautés les plus vulnérables. Elles ont permis à des millions de travailleurs mal payés d'entrer en concurrence pour les emplois et les salaires avec les Américains les plus pauvres. Encore plus tragiquement, elles ont coûté la perte de nombreuses vies innocentes», a-t-il dénoncé, sifflé dans le public. 

«Nous faisons face à des régimes voyous»

Donald Trump promet par ailleurs d'investir 1500 milliards de dollars dans la construction de ponts, d'autoroutes et d'aéroports. Des promesses pour l'instant vides: il l'avait annoncé l'an dernier déjà devant le Congrès. Sur l'emploi, il s'est félicité, sans surprise, comme à Davos, des bons indices économiques, a mis en avant les «records de Wall Street» et sa réforme fiscale qui bénéficiera aux entreprises américaines, alors que l'embellie remonte déjà aux derniers mois du mandat de Barack Obama. Ses propos sur les accords commerciaux ont été particulièrement scrutés. Il venait, dimanche, de menacer l'UE de «représailles», jugeant que les Etats-Unis étaient traités de façon «très injuste». Devant le Congrès, il est resté ferme, insistant sur le besoin de réciprocité, mais sans montrer personne du doigt.

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Ce n'est qu'après une heure de discours qu'il a haussé le ton. Et mis en garde contre toute «faiblesse» face aux pays rivaux. «Autour du monde, nous faisons face à des régimes voyous, des groupes terroristes, et des rivaux comme la Chine et la Russie qui menacent nos intérêts, notre économie et nos valeurs», a-t-il fustigé, avant de s'en prendre à la Corée du Nord. Il s'est lancé dans un plaidoyer en faveur d'une augmentation du budget de la Défense, que le Congrès doit valider. Notamment pour «moderniser et reconstruire notre arsenal nucléaire», afin de «le rendre si fort et si puissant qu'il dissuadera toute agression».

Selon le président américain, qui n'a jamais cité nommément le leader nord-coréen Kim Jong-un, «la dangereuse quête de missiles nucléaires par la Corée du Nord pourrait très prochainement menacer notre territoire». «Il suffit de regarder le caractère vicieux du régime nord-coréen pour le comprendre», a-t-il ajouté, en mettant en garde contre toutes «complaisance et concessions». Sans surprise, l'«éradication» du terrorisme et de l'Etat islamique en particulier a une nouvelle fois été évoquée. Avec une annonce: Donald Trump vient de signer un décret pour maintenir Guantanamo ouvert. Le président des Etats-Unis ne s'est en revanche attardé sur aucun objectif diplomatique. 

Rattrapé par l'«affaire russe»

Ce discours intervient alors que Donald Trump vient d'achever une année chaotique: l'«affaire russe» le rattrape, la tempête couve en permanence à la Maison-Blanche et il peine à faire passer ses projets de loi au Congrès, pourtant à majorité républicaine. Sans oublier les trois jours de «shutdown», la fermeture partielle de l'administration fédérale faute d'accord sur le budget, auxquels il a dû faire face. Sa cote de popularité est en berne. Selon un sondage de CNBC datant du 19 janvier, Donald Trump ne recueille aujourd'hui que 39% d'avis favorables.

2018 est une année cruciale, avec les élections de mi-mandat en novembre, qui renouvelleront une partie du Congrès. Donald Trump sait qu'il va devoir faire des concessions et tendre la main aux démocrates s'il veut faire passer certains projets de loi. Il a d'ailleurs lancé un appel à l'unité mardi soir, en invitant les élus à «mettre de côté leurs différences pour trouver un terrain d'entente et réaliser l'unité que nous devons au peuple qui nous a élus pour qu'on le serve», lui qui est souvent à l'origine de polémiques enflammées. Il a osé parler de «nouvelle ère américaine», ajoutant, dans une de ces envolées lyriques qui fleure bon la mièvrerie, qu'il n'y a «jamais eu de meilleur moment pour commencer à vivre le rêve américain». Pendant tout le discours, les républicains se levaient régulièrement pour l'applaudir, pendant que la majorité des démocrates restaient assis, la mine renfrognée. Le symbole d'une Amérique divisée.

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A la fin du discours, les démocrates lui ont répondu. Par la voix de Joseph Kennedy III, petit-fils de Robert Kennedy et petit-neveu de l'ancien président John F. Kennedy, élu à la Chambre des représentants et désigné comme porte-parole pour la circonstance. Il a notamment dénoncé une administration «qui ne s'attaque pas seulement aux lois qui nous protègent, mais aussi à l'idée même que nous sommes tous dignes de protection». Plusieurs élues avaient choisi de s'habiller en noir, en hommage à deux mouvements anti-harcèlement et pour l'égalité des femmes, #MeToo et #TimesUp.  

Si Joseph Kennedy III a invité une soldate américaine transgenre, Patricia King, à assister au discours, Donald Trump a notamment misé sur les parents, très émus, de deux jeunes filles assassinées par des membres du gangs MS-13 à Long Island en 2016. Des icônes parfaites, à ses yeux, pour incarner la nécessité «d'éradiquer» les gangs violents et fermer les frontières. Il a beaucoup joué sur l'émotion pour faire passer ses messages, faute d'arguments solides. 

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