Le premier ministre Boris Johnson a évité de prononcer le mot «Brexit», lundi, lors de son premier discours après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sur leur future relation, estimant qu'il s'agissait d'histoire ancienne. En une demi-heure de discours, le dirigeant conservateur n'a pas prononcé le mot une seule fois, excepté une allusion à un «mot commençant par B».

Le mot «Brexit» est-il devenu tabou, l'a interrogé un journaliste? «Ce n'est pas interdit, c'est simplement fini, ça s'est produit [...] c'est comme le Big Bang ou la conquête normande, ça s'éloigne, c'est derrière nous dans l'Histoire», a déclaré Boris Johnson, avec son style imagé habituel.

«Brexit» avait été élu mot de l'année par le groupe éditant le dictionnaire Collins en 2016, son utilisation ayant monté en flèche avec le référendum sur l'appartenance à l'UE en juin 2016.

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Une consigne aux ministres: éviter le mot

Début janvier, les membres du gouvernement avaient eu pour consigne d'éviter de prononcer ce mot qui a monopolisé les débats politiques et médiatiques depuis le référendum, avait indiqué à l'agence l'AFP une source gouvernementale. Le résultat du vote a profondément divisé la population britannique.


Le discours: pas de concurrence déloyale à l'UE, mais pas d'alignement

Le Royaume-Uni ne fera aucune «concurrence déloyale» à l'Union européenne comme le craignent les Européens après le Brexit, a assuré Boris Johnson en exposant sa vision de la future relation de son pays avec les 27. «Nous ne ferons aucune concurrence déloyale, qu'elle soit commerciale, économique ou environnementale», comme le craint Bruxelles, a déclaré le dirigeant conservateur, s'engageant à ne pas revoir à la baisse les normes européennes.

Mais dans le même temps, Boris Johnson a rejeté tout alignement sur les règles européennes comme prix du libre-échange: «Allons-nous insister pour que l'UE fasse tout comme nous comme prix du libre-échange? Bien sûr que non.»

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«Notre pleine souveraineté»

«Je ne vois aucun besoin de nous contraindre par un accord avec l'UE. Nous allons restaurer notre pleine souveraineté sur nos frontières, l'immigration, la concurrence, les règles encadrant les subventions, les approvisionnements, la protection des données», a-t-il insisté.

Il a aussi estimé que la coopération avec les Européens en matière de défense et de politique étrangère ne nécessiterait «pas nécessairement un traité».

La position de l'UE: un accord «ambitieux», mais la demande d'un «alignement»

Mettant Londres en garde contre toute tentation de concurrence déloyale, l'UE s'est dite prête lundi à négocier «un accord commercial très ambitieux». Cet accord visera notamment à éliminer tous les droits de douanes et tous les quotas sur les biens échangés avec le continent, une proposition jamais vue de la part de l'UE avec ses partenaires, a précisé le négociateur en chef de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toutefois prévenu que le niveau d'accès du Royaume-Uni au marché unique européen dépendrait de son niveau d'alignement sur les règles communautaires.

Sorti vendredi soir de l'UE après 47 ans d'appartenance houleuse, le Royaume-Uni doit désormais redéfinir les modalités de sa relation avec le bloc européen réduit à 27, sur le plan commercial mais aussi de la sécurité, de la pêche ou de l'éducation.

Les parties disposent pour cela d'une période de transition de 11 mois que Londres refuse d'ores et déjà de prolonger.