En voyage aux Etats-Unis, Johann Schneider-Ammann a participé à une réunion secrète jeudi. Ou plutôt: il assiste à la réunion annuelle du très secret groupe Bilderberg, qui rassemble, à huis clos et pendant quatre jours, 131 personnalités politiques, du monde des affaires et des médias, pour refaire le monde. Le groupe évoque dans un sobre communiqué des discussions autour de la présidence Trump, de l’avenir de l’UE ou encore des rapports transatlantiques, pile au moment où le président américain provoque une onde de choc en annonçant le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.

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C’est à Chantilly, dans l’Etat de Virginie, que le conseiller fédéral s’est rendu. Rien n’en ressortira publiquement. Ce club de privilégiés se réunit chaque année depuis 1954, sans que leur assemblée ne débouche sur des documents écrits. C’est d’ailleurs pour ces raisons-là qu’il est régulièrement sujet de controverses. L’idée de ce forum est née en 1954 à Oosterbeek, aux Pays-Bas, dans l’hôtel Bilderberg, d’où son nom. En pleine Guerre froide, sous l’impulsion de diplomates polonais, inquiets de la montée de l’antiaméricanisme en Europe. La difficile présidence de Donald Trump, empêtré dans l'«affaire russe», ainsi que la récente décision sur le climat auront de quoi nourrir les débats.

Rencontre annulée

Pour le ministre suisse de l’Economie, c’est l’endroit rêvé pour tisser des liens, notamment avec l’administration Trump, difficile à approcher. Johann Schneider-Ammann devait auparavant avoir une rencontre bilatérale avec le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, à Washington, avant que tous deux se rendent à Chantilly. Mais voilà: la rencontre a été annulée au dernier moment. Parce que Wilbur Ross a été «convoqué à la Maison-Blanche pour l’annonce du président Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat», précise un bref communiqué du Département fédéral de l’économie.

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Pas de chance. Johann Schneider-Ammann était déjà à Washington le 22 avril, avec le ministre des Finances Ueli Maurer, pour l’assemblée de printemps du FMI et de la Banque mondiale et, déjà, de telles rencontres n’avaient pas été possibles. Il avait admis avoir «cherché à avoir des contacts de haut niveau», en vain. «Ce n’est que partie remise, on verra combien de temps cela prendra», avait-il ajouté. La rencontre avec Wilbur Ross a failli se concrétiser plus rapidement que prévu. Jusqu’à cette annulation de dernière minute.

Soupçons de manipulation du franc

Avec cinq autres pays, dont la Chine et l’Allemagne, la Suisse est nommément citée dans un récent rapport du Trésor américain pour son excédent commercial vis-à-vis des Etats-Unis et des soupçons de manipulation de sa monnaie. Les Etats-Unis, deuxième pays de destination des exportations suisses, citent un excédent de 17 milliards de francs. En avril, Ueli Maurer avait minimisé les risques de mesures de rétorsion pour réduire cet écart, en disant clairement que la Suisse n’était pas dans le viseur américain. «Nous expliquons aux Américains que nous devons défendre le franc face à la faiblesse de l’euro et aux économies en crise dans l’Espace européen, et pas pour notre propre bénéfice», précisait-il. Jeudi, ce thème, sensible, allait forcément être abordé entre Johann Schneider-Ammann et Wilbur Ross. Le ministre de l’Economie aurait rappelé à son interlocuteur que les 500 entreprises suisses présentes sur le sol américain fournissent près d’un demi-million d’emplois.

Pour la diplomatie suisse, entretenir des contacts avec l’administration Trump reste un défi quotidien. Le ministère américain des Affaires étrangères est menacé d’être amputé d’une bonne partie de son budget et de son personnel, et de nombreux postes de cadres attendent toujours d’être repourvus. Mais certaines approches se font aussi discrètement, et dans un contexte particulier. En février, l’ambassadeur en poste à Washington, Martin Dahinden, était un des rares ambassadeurs à être invité au Bal de la Croix-Rouge «De Vienne à Marseille», à Mar-a-Lago, dans la luxueuse propriété de Floride de Donald Trump. Un moment privilégié où il a pu, selon des informations du Temps confirmées par l’ambassade, directement approcher Wilbur Ross.

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