Scotland Yard met en garde: une vague d'actions terroristes pourrait avoir débuté ce week-end à Londres, avec l'explosion d'un taxi piégé devant le siège de la BBC à minuit et demi samedi soir. Les autorités britanniques mettent cette explosion criminelle sur le compte de la «Real IRA», une dissidence de l'IRA provisoire à qui sont attribués trois attentats à Londres l'an dernier, et surtout le massacre d'Omagh en 1998, dans lequel 29 personnes avaient péri.

La bombe de la BBC n'a fait qu'un blessé léger. Mais avec une charge estimée à près de dix kilos d'explosif (peut-être du Semtex), l'engin était destiné à tuer. Deux coups de fil codés ont permis à la police d'évacuer le siège de la télévision avant l'explosion. Des spécialistes du déminage s'apprêtaient à désamorcer la bombe lorsque la détonation s'est produite, filmée au téléobjectif des images traduisent l'extrême violence de la déflagration.

En début d'après-midi, dimanche, un autre incident venait accréditer les craintes des autorités. Une voiture suspecte stationnée près de la gare de Victoria a subi une explosion préventive, alors que la station de métro avoisinante et l'ensemble des rues attenantes étaient bouclées.

Alan Fry, le chef de la brigade antiterroriste de Scotland Yard, s'est déclaré certain que l'explosion du siège de la BBC «s'inscrit dans une campagne d'attaques affectant la Grande-Bretagne comme l'Irlande du Nord». Il a enjoint le public à la plus grande vigilance. Pour lui, l'attentat de samedi soir est lié sans doute possible à trois autres actions commises à Londres l'an dernier: le message d'avertissement codé était le même que lors de la découverte d'une bombe sur le métro à Ealing Broadway, en juillet dernier. Un mois plus tôt, le pont de Hammersmith avait fait l'objet d'un attentat aussi attribué à la «Real IRA», de même qu'une audacieuse attaque au lance-roquettes contre le siège du MI6, les services secrets britanniques, perpétrée en septembre.

La «Real IRA», dissidence de l'IRA provisoire créée en 1997, compterait plus d'une centaine de membres totalement opposés au processus de paix. Certains experts estiment que la BBC aurait payé pour avoir révélé en octobre, dans sa célèbre émission documentaire Panorama, les noms de quatre suspects liés à l'attentat d'Omagh. Les lenteurs de l'application de l'accord du Vendredi saint, ou une volonté de frapper Londres après plusieurs échecs sur sol nord-irlandais, pourraient aussi expliquer ce regain de violence, qui met la capitale britannique sur les dents.