«Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSDR), dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues», a annoncé jeudi soir le colonel Goukoye Abdoulkarim sur les ondes de la Voix du Sahel.

A ses côtés figurait notamment le colonel Dijibrilla Hima Hamidou, dit «Pelé», commandant de la plus importante zone de défense du Niger (zone numéro un). Le Conseil s’est doté d’un président, selon un communiqué. Il s’agit du chef d’escadron Salou Djibo. Il commande la compagnie d’appui de Niamey, qui dispose d’armements lourds, tels les blindés.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le CSDR a annoncé que le gouvernement était «dissous». Le CSDR a en outre mis en place un couvre-feu et fermé les frontières terrestres et aériennes, et appelé la population a garder son calme.

Ministres séquestrés

Dans la journée, des ministres ont affirmé avoir été séquestrés lors d’une réunion du cabinet. «[…] Nous ne sommes pas libres de nos mouvements, nous ne pouvons pas sortir. Ils ont emmené Mamadou Tandja», a indiqué l’un d’entre eux joint sur son téléphone portable.

«Nous ne savons pas ce qui se passe […] mais nous avons nos portables et nous sommes là où devait se dérouler le Conseil des ministres. Ils ont emmené le président», a confirmé un autre membre du gouvernement, sous couvert d’anonymat.

Le président Tandja, 71 ans, et son aide de camp «seraient retenus» dans la garnison de Tondibia», à une vingtaine de kilomètres de la capitale, selon des responsables sous couvert d’anonymat. Plusieurs ministres, selon ces sources, seraient quant à eux retenus dans les locaux du Conseil supérieur de la communication, près du palais présidentiel.

Des morts et des blessés

Le Niger, pays pauvre du Sahel mais troisième producteur mondial d’uranium, est confronté à une grave crise politique née de la volonté du président de se maintenir au pouvoir coûte que coûte au-delà de son mandat.

Des témoins ont fait état de tirs nourris dans la journée, notamment autour de la présidence, avec des combats à l’arme lourde dans les rues de la capitale et autour de la présidence. Aucun bilan officiel sur d’éventuelles victimes n’avait été communiqué jeudi soir mais selon des témoins et une source médicale, au moins trois ou quatre soldats ont été tués – dans un blindé visé par un obus – et «une dizaine» de militaires ont été blessés jeudi à Niamey.

Président contesté

Après dix ans de pouvoir, M. Tandja avait dissous l’année dernière le Parlement et la Cour constitutionnelle et obtenu une prolongation controversée de son mandat pour au moins trois ans à l’issue d’un référendum sur une nouvelle Constitution en août.

L’opposition, qui avait boycotté cette consultation ainsi que des législatives controversées en octobre, avait dénoncé un coup d’Etat et la communauté internationale a dénoncé les agissements du président.

Le porte-parole du département d’Etat américain Philip Crowley a estimé que l’action du président avait «très bien» pu déclencher le coup d’Etat et affirmé que le Niger devait «organiser des élections».