Deux principes sous-tendent la conférence. D’une part le partage de la responsabilité commune du réchauffement climatique, avec la mise en place d’efforts différenciés par pays pour le combattre, et d’autre part la volonté, sujette à interprétation, d’engagements contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La concrétisation de ces principes sera ardue car de forts intérêts particuliers transparaissent dans les documents présentés.

L’analyse des propositions déposées par les pays sans lesquels aucun accord cohérent ne peut se faire, à savoir la Chine, les Etats-Unis et l’Inde qui sont dans l’ordre les trois plus importants «pollueurs» en chiffres absolus, révèle de profondes divergences sur la manière de parvenir à un but que personne ne conteste.

Aucun contrôle indépendant des promesses de réduction des émissions de CO2 faites par chaque pays n’est prévu, même si la Suisse va proposer, sans grande chance de succès, un système périodique de vérification. Les engagements des pays ont été librement élaborés selon des critères propres à chacun qui les rendent difficilement comparables. Les calendriers et les calculs des objectifs divergent. Les Etats-Unis comparent par exemple 2005 et 2025 en proposant une réduction des émissions polluantes en valeur absolue de 26 à 28%.

La Chine et l’Inde, en forte croissance économique, refusent d’entrer en matière sur une réduction des émissions en valeur absolue qui pourrait freiner leur développement en partie basé sur la production d’électricité à base de charbon abondant et bon marché. L’Inde rappelle que la lutte contre la pauvreté constitue sa priorité et que 24% de la population vit sans électricité.

Le premier ministre indien Narendra Modi insiste, dans une tribune libre parue dans le Financial Times, sur le cas particulier de son pays qui doit être beaucoup moins sollicité que les autres. La proposition indienne de réduire de 33 à 35% ses émissions polluantes entre 2005 et 2030, pondéré au produit intérieur brut, consiste à rendre deux tiers de sa croissance économique non tributaire de critères écologiques. La Chine, avec un objectif de réduction de 60 à 65%, estime qu’un tiers de sa croissance peut se baser sur un modèle polluant.

L’Inde, pays influent à Paris, demande en outre la suppression des brevets sur le transfert de technologies énergétiques, et le versement d’une aide internationale directe pour les dégâts dus au changement climatique, en plus du fonds de 100 milliards de dollars par an prévu pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de CO2.

Les Etats-Unis nient le côté contraignant de leur engagement puisqu’ils refusent la forme juridique d’un traité à faire ratifier par le Congrès. Le plan de Barack Obama se limite à ce qui peut être réalisé sans renforcer les lois en vigueur.

Quant à la Suisse, elle a décidé de préserver la compétitivité de son économie en transférant à l’étranger, où la tonne de CO2 coûte moins cher, une partie de l’objectif de réduction de ses émissions polluantes.