C’est la rue du silence. Ici, on ne se parle pas. Les mots ne servent qu’à s’insulter, on crie sa douleur sans être écouté, on impose sans jamais partager. A Jérusalem-Est, le chemin principal de Sheikh Jarrah, quartier désormais célèbre dans le monde entier, est le lieu d’une mobilisation qui n’a fait que croître depuis le début du ramadan il y a plus d’un mois. En cause, la politique d’expulsion israélienne des familles palestiniennes au profit de communautés juives. Elle est au cœur de l’embrasement de la Ville sainte, et bien au-delà, d’une jeunesse palestinienne à bout de nerfs.

A l’épicentre de cette bataille sans pitié pour la terre, il y a Rivka et Boushra. A Sheikh Jarrah, trois maisons séparent la jeune Israélienne juive de sa voisine palestinienne musulmane. Ces quelques mètres sont un univers: jamais les deux voisines du même âge ne se parleront, mais dimanche elles ont accepté d’entrouvrir la porte de leur vie. Quelques instants seulement tant l’air frissonnait des violences à venir. Gaz lacrymogène, grenades assourdissantes, tirs de projectiles, charge policière à cheval, canons à liquide malodorant qui empuantit l’atmosphère: tous les soirs depuis plusieurs semaines, leur rue devient un terrain de guerre.