revue de presse

Dix ans au pouvoir: Angela Merkel en mère de la nation allemande

Les Allemands la plébiscitent plus que jamais, sans pourtant l'exempter de critiques. A tel point qu’elle ne fait pas mystère de se présenter à nouveau aux élections de 2017. Et les Européens, en une décennie, ont découvert une femme toujours pragmatique, mais généreuse et humaine

C’était le jour où, dans son éditorial, Le Temps écrivait que la fin de l’occupation américaine en Irak pourrait «amener […] une base de l’islamisme radical dans l’ouest, ou une guerre civile qui deviendrait vite régionale, ou les deux à la fois» (Alain Campiotti, de New York)…

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C’était le jour où, il y a presque exactement 10 ans, on était au lendemain du 22 novembre 2005, ce mardi historique où une ex-citoyenne de RDA devint la première chancelière d’Allemagne. Et ce dimanche, cela fera donc dix ans qu’Angela Merkel tient les rênes du pouvoir au Bundeskanzleramt.

Dans les rues de Berlin, Yves Petignat, qui était alors le correspondant du Temps dans la capitale, avait interrogé deux jeunes filles presque aussi prophétiques que le journaliste basé au coeur de la Grosse Pomme. Elles lui avaient dit: «Enfin une femme, ce n’est que justice. Angela Merkel est une chance pour l’Allemagne. Il y a trop de chômeurs dans ce pays et nous avons besoin d’un gouvernement stable et raisonnable. Elle y arrivera!»

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Elle ne croyaient en effet pas si bien dire. En un quart de siècle, de la «demoiselle d’Helmut Kohl» […] qu'elle était juste après la chute du mur de Berlin, elle est devenue «la mère de la nation («Mutti der Nation»), comme le résume le Rundfunk Berlin-Brandenburg. Ou «la théoricienne de la réforme», selon la revue Cicero.

Mais revenons un peu en arrière, avec le blog «L'Allemagne hors les murs», hébergé par Radio France internationale. En septembre 2005, la CDU (les chrétiens-démocrates) d'Angela Merkel enregistre son «plus mauvais résultat depuis la fin de la guerre» et ne devance que d'un point le SPD, le parti social-démocrate emmené par le chancelier sortant, Gerhard Schröder.

Entre Blair et Chirac

«Cet animal politique a réussi dans la dernière ligne droite à refaire une bonne partie de son handicap malgré cinq millions de chômeurs et des réformes sociales impopulaires.» Lors d'un débat télévisé, il affirme, «péremptoire, qu'Angela Merkel ne deviendra jamais chancelière. L'intéressée, livide, encaisse le coup. Mais «deux mois après, elle (...) dirige une coalition avec les sociaux-démocrates de Gerhard Schröder qui entre-temps a quitté la politique.»

La célébration de l'anniversaire n'est pas exempte de critiques, mais il faut reconnaître que dans l'ensemble, Frau Merkel s'est imposée. Comme leader de l'Allemagne, bien sûr, mais aussi comme celui de l'Union européenne. Tout avait commencé par un renforcement de l'axe-franco-allemand: dès le lendemain de son investiture, la chancelière, «très atlantiste et donc plus proche de Tony Blair», se rend en visite à l'Elysée: «Ce sera pour elle l'occasion d'expliquer à Jacques Chirac que la coopération franco-allemande ne dépend pas de sa seule humeur, mais figure bel et bien» dans l'accord conclu avec le SPD pour ce premier gouvernement de coalition.

«Elle a surpris tout le monde»

Aujourd'hui, «les Allemands la plébiscitent plus que jamais. A tel point qu’elle ne fait pas mystère de se présenter de nouveau aux élections de 2017. Il arrive parfois que ses détracteurs se moquent de sa difficulté à prendre des décisions. Les Européens dénigrent volontiers sa gestion trop comptable de la crise grecque. Mais elle a surpris tout le monde (...) en expliquant que l’Europe se devait (...) d'accueillir les réfugiés de guerre et que l’Allemagne allait donner l’exemple. (...) Les Européens ont découvert une femme toujours pragmatique, mais généreuse et humaine», écrit RFI.

Dans la langue de Goethe, il y a évidemment déjà abondance de biens avant le 22 novembre. Die Welt, par exemple – comme Die Zeit et le Guardian – publie sur son site, 10 passionnantes infographies qui en disent davantage que de longs textes. Mais la Zeit pense que c'est «le début de la fin». La Frankfurter Rundschau, comme beaucoup d'autres, propose un imposant dossier, tout comme la très référentielle Frankfurter Allgemeine Zeitung. Tandis qu'en vidéo, on aime bien les «10 Jahre Mutti» de la ZDF.

Il y en a encore des tonnes. Et dans deux jours, ce sera sans aucun doute la déferlante dans la presse dominicale allemande, entre admiration et agacement.

 

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