«Macron démission!», scandaient plusieurs dizaines de manifestants rassemblés vers 10h30 dans le calme en haut des Champs-Elysées, point de ralliement récurrent à Paris. «Macron n'entend rien, ne comprend pas ce qui se passe, on essaie de lui ouvrir les yeux. Il y a une vraie souffrance humaine», a dénoncé Sophie Tissier, une manifestante.

Le nombre des manifestants de samedi sera un marqueur de l'efficacité du «Grand débat national» lancé par le président Macron afin de juguler la crise sociale, la pire depuis son élection en 2017.

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«Une mobilisation au moins égale à la semaine dernière est attendue», a indiqué une source policière à l'AFP. Le 12 janvier, plus de 80.000 personnes avaient été recensées par les autorités, contre 50.000 une semaine auparavant, douchant les espoirs du gouvernement qui misait sur une confirmation de l'essoufflement du mouvement observé lors des fêtes de fin d'année. Quelques centaines de milliers de "gilets jaunes» s'étaient rassemblés en novembre ou décembre.

Image écornée

Des appels de manifestants à viser les forces de l'ordre ont circulé, a précisé la source policière à l'AFP ; les précédents samedis ont été émaillés de heurts, parfois violents. Des images de scènes d'émeutes urbaines à Paris avaient fait le tour du monde, écornant l'image de la France, première destination touristique mondiale.

L'exécutif prévoit «un dispositif d'ampleur comparable au week-end précédent», a indiqué le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez. Environ 80.000 policiers et gendarmes doivent donc être mobilisés en France, soit le même nombre que les manifestants la semaine dernière. Ils seront 5.000 à Paris, selon la préfecture de police.

«Une fleur ou une bougie»

Dans la capitale, les organisateurs invitent les participants à apporter «une fleur ou une bougie en hommage» aux personnes tuées ou blessées «pour (leur) cause» depuis le début du mouvement le 17 novembre. Dix personnes sont mortes, pour la plupart lors d'accidents à des barrages, et plus de 2.000 ont été blessées (du côté des manifestants ou des forces de l'ordre).

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Une vive polémique s'intensifie sur l'usage du lanceur de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre, que la France est un des rares pays européens à utiliser, et sur les blessures graves subies par de nombreux manifestants. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a encore défendu vendredi l'usage du LBD, sans qui, selon lui, les forces de l'ordre n'auraient plus d'autre option que le «contact physique». Il y aurait alors «beaucoup plus de blessés», a estimé le ministre. «Le défi du maintien de l'ordre», titre le quotidien Le Parisien, se demandant »comment réagir face aux manifestants les plus violents».

Tournée en France

Parallèlement, le président Emmanuel Macron poursuit sa tournée à travers la France avec des débats marathons réunissant des centaines de maires, dans le cadre du «grand débat national» (GDN).

Vendredi à Souillac, dans le Sud-Ouest, M. Macron a encore tenu plus de six heures d'échanges, tout comme mardi dans le nord-ouest. «Je vous mets en garde, monsieur le président: il ne faudra pas que ce débat devienne le grand bluff!», a averti un maire.

Outre les discussions avec les élus, le GDN mis en place à travers la France se traduit par l'organisation de discussions entre citoyens sur les thèmes du pouvoir d'achat, de la fiscalité, de la démocratie et de l'environnement.

Pas de retour de l'ISF

Le président promet de faire remonter ces débats, espérant ainsi répondre à tous les mécontentements. Mais nombre de «gilets jaunes» voient plutôt dans le GDN le moyen d'enterrer leurs revendications; M. Macron a en particulier une nouvelle fois rejeté le rétablissement de l'ISF, un impôt qui frappait les plus fortunés et que réclament les «gilets».

Si 94% des Français ont désormais entendu parler du «grand débat», ils sont 64% à rester sceptiques sur son utilité et moins d'un tiers (29%) comptent y participer, selon un sondage Odoxa Dentsu consulting diffusé jeudi.