Gaza

Dix-neuf morts dans le raid israélien contre une flottille humanitaire

Six bateaux transportant plusieurs centaines de militants pro-palestiniens et de l’aide matérielle à destination de Gaza ont été arraisonnés lundi matin par des commandos israéliens alors qu’ils tentaient de forcer le blocus. La plupart des victimes sont turques et Ankara a prévenu que les conséquences pourraient être «irréparables» pour les relations bilatérales. De l’ONU à l’UE, les condamnations pleuvent

La flottille internationale de six bateaux acheminant des centaines de militants pro-palestiniens et de l’aide pour Gaza avait appareillé dimanche après-midi pour le territoire palestinien. Dans la soirée, peu après 21h00 locales (18h00 GMT), trois patrouilleurs lance-missiles de classe Saar israéliens avaient quitté le port septentrional de Haïfa pour aller intercepter la flottille, selon des journalistes à bord d’un bâtiment.

Le bilan des victimes reste incertain. Une chaîne de télévision israélienne a émis le chiffre de 19 tués et 36 blessés. Plus tôt, l’armée israélienne a confirmé la mort d’«au moins dix passagers» de la flottille, tandis que la chaîne de télévision Al-Jazira faisait état de 15 tués.

Indignation et condamnation générale

Les réactions internationales ont déferlé lundi matin. L’ONU s’est dite «choquée» par cet assaut. Pour le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, «rien ne saurait justifier l’emploi d’une telle violence». La France a convoqué l’ambassadeur israélien pour lui signifier son mécontentement. En provenance d’Italie, du Portugal, du Vatican, de la Norvège – les condamnations sont unanimes.

Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton, a demandé à Israël «une enquête complète sur les circonstances» de ce raid, et rappelé que pour l’UE «la politique de fermeture de Gaza demeure inacceptable et politiquement contre-productive». Plusieurs députés européens se trouvaient, à titre individuel, à bord de la flottille.

Les Etats-Unis ont pour leur part «regretté les pertes en vies humaines», et veulent connaître les circonstances de la «tragédie», selon un communiqué de la Maison Blanche.

La Turquie indignée

La Turquie a prévenu Israël de «conséquences irréparables» sur les relations bilatérales avec Israël, après le raid la flottille qui comprenait plusieurs bateaux turcs. «Nous condamnons fortement ces pratiques inhumaines d’Israël», a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. «Cet incident déplorable, qui a eu lieu en pleine mer et constitue une violation claire de la loi internationale, peut entraîner des conséquences irréparables sur nos relations bilatérales», ajoute le communiqué.

A Istanbul, environ 10’000 personnes ont manifesté lundi pour protester contre l’assaut israélien. «Mort à Israël!», «Soldats turcs, partez pour Gaza!», ont crié des manifestants. «Vengeance! Oeil pour œil, dent pour dent!», scandaient d’autres protestataires, brandissant des drapeaux turcs et palestiniens.

Le Hamas a immédiatement appelé au «soulèvement devant les ambassades sionistes du monde entier». De son côté, Israël a relevé son niveau d’alerte pour faire face à «d’éventuels désordres».

Avant le départ de la flottille, la marine israélienne avait annoncé son intention de l’empêcher, de force si nécessaire, de s’approcher des côtes de la bande de Gaza, soumise par Israël à un blocus strict – sauf pour les produits de première nécessité – depuis la prise de contrôle du territoire par le mouvement islamiste Hamas en juin 2007.

10’000 tonnes d’aide matérielle Malgré la menace d’intervention, Gaza s’était préparée à accueillir cette «flottille de la liberté», qui transporte 700 militants et sympathisants de la cause palestinienne, dont des parlementaires européens. Des barques de pêche gazaouies, ornées de drapeaux palestiniens, grecs, irlandais, suédois et turcs – les pays représentés dans la flottille – ont pris la mer pour aller à la rencontre du convoi.

L’aide de 10’000 tonnes consiste notamment en 100 maisons préfabriquées, 500 fauteuils roulants électriques ainsi que de l’équipement médical, selon les organisateurs.

Cinq débarquements similaires ont réussi et trois ont échoué depuis la première opération de ce type en août 2008, selon le mouvement Free Gaza, qui n’en avait jamais organisé jusqu’à présent d’une telle ampleur.

Israël, qui a évacué unilatéralement la bande de Gaza en 2005, se réserve le droit d’en contrôler les frontières terrestres, aériennes et maritimes, à l’exclusion de Rafah, dans le sud du territoire, limitrophe de l’Egypte.

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