Trois morts (dont le kamikaze âgé de 18 ans) et une quarantaine de blessés, dont une quinzaine en situation critique. Tel est le bilan provisoire de l'attentat-suicide commis mardi soir devant le centre commercial couvert de Netanya, une station balnéaire du nord de Tel-Aviv majoritairement habitée par des émigrants russes et par des Français. Selon les témoins, l'auteur de l'attentat a déclenché l'explosion de sa ceinture piégée au milieu d'un groupe de consommateurs qui se préparait à subir une fouille de sécurité avant d'entrer dans le centre. Il avait, semble-t-il, attiré l'attention des vigiles en raison de son comportement étrange.

Revendiqué par le Djihad islamique, cet attentat est le premier depuis celui du café Stage en février dernier à Tel-Aviv. A l'époque, les Brigades Al-Quds (la branche armée du Djihad islamique) avaient également revendiqué l'opération tout comme elles ont endossé la paternité de l'explosion d'une camionnette piégée survenue hier matin devant une colonie juive de Cisjordanie (un blessé).

Opposé à la tahadyeh (l'«accalmie provisoire» avec Israël), le Djihad islamique est le plus extrémiste des groupes palestiniens. Basé à Damas, il refuse de participer aux élections organisées par l'Autorité palestinienne (AP). Son influence est d'ailleurs limitée puisqu'elle ne dépasse pas 5% de l'opinion dans les Territoires.

Les chroniqueurs militaires israéliens estiment qu'en lançant cette opération, les Brigades Al-Quds ont voulu torpiller les négociations en cours en vue d'un troisième sommet entre Ariel Sharon et Mahmoud Abbas censé se dérouler quelques jours avant le début du démantèlement des colonies juives de la bande de Gaza. A tort ou à raison, ils affirment également que l'organisation palestinienne bénéficie du soutien financier et logistique du Hezbollah, ce qui expliquerait pourquoi de violents échanges de tirs ont eu lieu à la frontière israélo-libanaise au moment où la bombe de Netanya explosait.

En tout cas, le premier ministre israélien et son ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, ont décidé de reporter à une date indéterminée une importante réunion de coordination du désengagement prévue hier soir en présence du ministre palestinien des Affaires civiles, Mohamad Dahlan, et de l'envoyé spécial du Quartet, James Wolfensohn. Dans la foulée, ils ont ordonné la reprise de la politique des «liquidations» visant les dirigeants du Djihad islamique ainsi que le bouclage général des Territoires. Surtout de la région de Tulkarem (Cisjordanie) où vivait le terroriste.

A Ramallah, le président palestinien Mahmoud Abbas n'a pourtant pas traîné pour condamner fermement cet «attentat meurtrier qui fait le jeu de l'extrême droite israélienne et dessert les intérêts du peuple palestinien». Il a également rappelé que «toutes les organisations palestiniennes sont tenues de respecter le cessez-le-feu». Mais ces déclarations n'ont guère impressionné les responsables de l'Etat hébreu puisque depuis le «sommet de la paix» de février dernier à Charm el-Cheikh, les services de sécurité israéliens ont empêché une vingtaine d'attentats-suicides, dont deux en plein centre de la partie juive de Jérusalem.

A priori, l'attentat de Netanya n'est pas le plus grave qu'ait connu l'Etat hébreu depuis le déclenchement de l'Intifada en octobre 2000. Quoi qu'il en soit, Sharon et Mofaz veulent profiter de son impact et de la proximité du désengagement israélien de Gaza pour obliger Mahmoud Abbas et son ministre de l'Intérieur, Nasser Youssef, à ordonner le démantèlement par la force des milices armées ainsi que des groupes autonomes opérant impunément dans les Territoires. Pour l'heure, redoutant de déclencher une guerre civile palestino-palestinienne, l'AP refuse encore de céder à ces pressions. Mais à Ramallah comme à Jérusalem, la plupart des commentateurs estiment qu'Abbas ne pourra plus continuer à faire la sourde oreille si le Djihad islamique et les groupuscules moins connus qui gravitent dans sa mouvance continuent de jeter de l'huile sur le feu.