Santé

Docteur Tedros: «L’OMS reste vulnérable»

Sept mois après son entrée en fonction, le nouveau directeur de l’Organisation mondiale de la santé a tenu sa première conférence de presse au Palais des Nations à Genève pour faire le point sur les chantiers en cours. En tête de ses priorités: le dispositif de l’OMS pour répondre au mieux aux épidémies, mais aussi la couverture médicale universelle

Entré en fonction le 1er juillet 2017, le nouveau directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné mercredi sa première conférence de presse aux Nations unies, à Genève. En place depuis sept mois, Tedros Adhanom Ghebreyesus admet la difficulté de l’exercice dans cette phase de transition, qualifiant ses premiers mois de «montagnes russes».

Premier Africain à diriger l’institution onusienne, il s’est promis de réformer l’OMS en élargissant sa représentativité géographique. Mercredi, il a aussi insisté sur sa volonté d’établir la parité de genre. Parmi les 14 directeurs généraux adjoints, 9 sont des directrices (64%). C’est la première fois dans l’histoire de l’organisation que l’OMS recense une majorité de femmes dans ces positions dirigeantes.

Grincements de dents

Certains estiment qu’il privilégierait des critères rigides de parité et de géographie au détriment des compétences. On lui reproche déjà d’avoir nommé un médecin russe, Tereza Kasaeva, un mois après qu’il eut rencontré Vladimir Poutine. Mercredi, il s’est défendu de tout retour d’ascenseur et a justifié la nomination de la Russe, une femme dotée d’une expérience de vingt-cinq ans dans la santé publique, à la tête du Département Halte à la turberculose de l’OMS.

«Je me suis appuyé sur les conseils des directeurs régionaux pour procéder aux nominations.» La responsable russe, a-t-il ajouté, «est compétente et fait du bon travail […] Je ne comprends pas les critiques.» Si Tereza Kasaeva suscite des grincements de dents, c’est surtout parce qu’elle vient d’un pays, la Russie, considéré comme un mauvais élève dans la lutte contre la tuberculose.

Le docteur Tedros (le nom qu’on lui donne en Ethiopie) a aussi jugé regrettable la polémique que provoqua la nomination en octobre de celui qui était encore président du Zimbabwe, Robert Mugabe, au poste d’ambassadeur de bonne volonté de l’OMS. L’affaire a causé un tollé, des ONG dénonçant notamment l’effondrement du système de santé au Zimbabwe alors que son président avait l’habitude de se faire soigner à l’étranger.

Sources de financement difficiles à trouver

«Il n’y a pas eu de problème de jugement», a déclaré le directeur de l’OMS, estimant que la figure controversée de Mugabe aurait pu aider à promouvoir la santé en Afrique. Le docteur Tedros n’en a pas moins fait marche arrière, renonçant à cette nomination. L’épisode a interrogé sur le sens politique du directeur de l’OMS, ex-ministre du gouvernement éthiopien. Beaucoup avancent pourtant que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a été élu à l’OMS au détriment du Britannique David Nabarro en mai 2017.

A la tête d’une organisation financée à hauteur d’un quart par des contributions obligatoires des Etats membres et par des contributions volontaires pour le reste, Tedros Adhanom Ghebreyesus est conscient de la difficulté de trouver de nouvelles sources de financement. Pour l’heure, le principal contributeur de l’OMS est les Etats-Unis et le second… la fondation Bill et Melinda Gates, un peu devant le Royaume-Uni. C’est pourquoi il a insisté sur la nécessité de développer des idées innovatrices pour mobiliser des fonds.

L’OMS ayant subi des dégâts d’image à la suite de sa surréaction à la pandémie de H1N1 en 2009 et surtout du manque de réactivité face à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, le docteur Tedros dit reconstruire l’organisation à partir des mesures prises dans le cadre de la réforme mise en œuvre après ce dernier fiasco. Dans cette optique, il a d’emblée créé un Conseil de sécurité sanitaire (Health Security Council) qu'il co-préside avec Peter Salama, directeur du programme de gestion des situations d’urgence sanitaire à l’OMS.

Garantir une couverture médicale universelle

Le conseil l’informe quotidiennement sur l’évolution de la situation sur le front des maladies infectieuses et des épidémies. Au cours des six derniers mois, il a ainsi suivi de près 50 situations d’urgence dans 48 pays. Le patron de l’OMS se dit prêt à mettre à disposition des professionnels de la santé des ressources matérielles dans divers pays à travers le monde, pouvant être mobilisées en l’espace de 72 heures. L’OMS reste, selon lui, «vulnérable» face aux risques d’épidémies et de pandémie.

Dans l’établissement de la feuille de route de l’organisation pour les cinq prochaines années (GPW), le directeur de l’OMS a répété son mantra: pour préparer les pays au pire, il faut construire des systèmes sanitaires nationaux robustes et surtout garantir une couverture médicale universelle. A l’Assemblée mondiale de la santé de mai à Genève, il sommera les Etats à s’engager dans ce sens.

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